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Accueil > Balades > Sur les traces de Saint Eucher

Vaucluse, 40 km au nord-est d’Aix-en-Provence

Sur les traces de Saint Eucher

En montant vers Manosque, après le pont de Mirabeau, la route nationale 96 longe la Durance et passe au pied de la falaise de Saint Eucher, situé sur la commune de Beaumont-de-Pertuis. Même si aucun panneau ne le suggère, ce site mérite largement le détour. Car il présente un grand intérêt non seulement historique et religieux, mais aussi faunistique et spéléologique. Nous vous proposons de le (re) découvrir aujourd’hui par cet article et une petite promenade, sportive et ludique.

Falaise et chapelle saint Eucher


Itinéraire

Quitter Aix par l’autoroute des Alpes (A 51, direction Sisteron, Gap). Le quitter à la sortie n° 13 (direction Meyrargues, Peyrolles, Manosque) pour emprunter la route nationale 96 par laquelle on poursuit. La falaise saint Eucher se trouve à main gauche, 3 kilomètres après la traversée de la Durance par le pont de Mirabeau.
L’itinéraire par Pertuis et Mirabeau (sortie n° 15) est un peu plus long mais offre une agréable entrée dans le paysage.
L’accès à la chapelle, au pied de la falaise, ne présente aucune difficulté. Par contre un accompagnateur est conseillé pour accéder à l’ermitage perché en haut de la falaise.
Pour plus de détails, consulter les Repères topographiques en fin de texte.


Saint Eucher

Il y a bien longtemps, autour de l’an 430, vécu un illustre Gaulois qui a donné son patronyme à ce lieu.
Nous sommes au début de la chrétienté, les villages comme Mirabeau n’existaient pas encore, mais les Romains avaient déjà construit les premières routes, les premiers ensembles d’habitations durables. La Durance était une voie privilégiée de communication entre les Alpes et la Provence ou l’antique cité de Marseille. Le bois flottant défilait tout l’hiver. Un bac était en service sur les terres face au rocher Montem Martium (ou Montmartre, ancien nom du rocher Saint Eucher, qui évoque une longue occupation du site) que possédait saint Eucher.
Eucher était un homme cultivé, marié à Galla, de qui il eut quatre enfants, Consorce, Tullie, Salon et Véran. Comme c’était une famille très pieuse, ils envoyèrent leurs fils faire leur éducation religieuse au monastère de Lérins créé par saint Honorat. Ils deviendront évêques. Les filles elles aussi seront vénérées pour leur piété.
Lui-même sénateur, il embrasse la foi chrétienne et décide de se retirer dans une grotte sur son rocher et de vivre de la façon la plus austère qui soit, dans la solitude, la prière et la méditation : il aurait été emmuré dans la grotte, avec juste un petit passage pour la nourriture… Sa femme se retire dans un cloître. Il est l’auteur de textes religieux comme "Éloge du désert" et "Traité du mépris du monde" ainsi que d’une importante correspondance avec tous les grands esprits de son temps. Ce qui lui vaut de compter au nombre des Pères de l’Église

En 434, les Lyonnais vinrent le chercher dans sa grotte pour le nommer évêque. En effet, ayant perdu leur évêque, ils désespéraient d’en trouver un nouveau, jusqu’à ce qu’un ange révèle à un enfant l’existence d’un ermite dans une grotte en bord de Durance. C’est ainsi que saint Eucher devint évêque de Lyon et connut un grand rayonnement spirituel sur la chrétienté. Une église a d’ailleurs été édifiée à Lyon en son honneur. [[dédiée ultérieurement à St Nizier]
De nombreuses légendes circulent à son propos, par exemple que sa femme après son départ pour Lyon se fit emmurer dans la grotte.

Les lieux saints

On peut dire que l’ensemble du rocher est sanctifié.

La grotte et le jardin

La grotte possède une lourde statue de saint Eucher en pierre sur son autel, d’une hauteur de 3 m, à une cinquantaine de mètres de l’entrée, et qui daterait du XVe siècle.
(Photo dans l’article Saint Eucher des Cahiers de l’ANTP)
Un balcon (dénommé jardin ou terrasse de Saint Eucher), d’environ 100 m2, à quelques pas de la grotte, établi sur un beau mur de pierre sèche, comporte une citerne taillée dans la roche, de nombreuses cavités profondes et étroites, et offre une vue splendide et vertigineuse. Des marches en pierre débordant du mur, laissent penser qu’une deuxième terrasse, en contrebas de la première, a pu s’effondrer.

Personnellement, je me demande si ce jardin pourrait être le lieu de retraite de saint Eucher en opposition à la grotte.
En effet quel aurait put être la fonction de ce lieu ?
La surveillance ? La vue est bouchée vers le nord, et on ne se trouve pas sur un point culminant de la falaise.
Un « pavillon » de chasse ? Pourquoi tant de travaux (citerne, murs), dans un lieu aussi malaisé d’accès. Le trou dans la roche pour y accéder, ne fait pas plus de un mètre.
Une planque ? Le mur de pierre sèche est visible de l’autre rive de la Durance.
Une retraite spirituelle est probablement la seule réponse plausible.

Des traces d’élargissement dans la première partie de la grotte laissent penser que le lieu originel du culte de saint Eucher était à l’intérieur de la grotte. Sa petitesse et son accès difficile ont fait qu’une chapelle vouée au culte de saint Eucher a été construite en contrebas de la grotte, quelques mètres au-dessus de la route actuelle.

La chapelle

Chapelle saint Eucher. Photo. C.B.

La chapelle actuelle a été reconstruite en 1648 à l’initiative de François de Margallet seigneur de Saint-Paul-lès-Durance, sur l’ancienne chapelle qui datait de 1300. Néanmoins, on peut sérieusement penser que ce lieu de culte existe en fait depuis le VIe siècle. L’intérieur montre une belle voûte de pierre et un autel finement sculpté,

Chapelle, intérieur

sur lequel est gravée l’image stylisée d’une mitre d’évêque. Une messe y est toujours célébrée chaque année le lundi de Pentecôte et certains Mirabelains se souviennent de leur communion solennelle en ce lieu.
La chapelle est entourée de plusieurs bâtiments en ruine provenant d’un ancien prieuré, qui dépendit du monastère Saint-André du Mont Andaon, à Villeneuve-lès-Avignon. Un prieuré de bénédictins Saint Eucher est mentionné à partir de l’an 1118. Abandonné avant 1343, il fut reconstruit, comme la chapelle en 1648, puis utilisé comme ermitage par l’ordre des Récollets, entre 1713 et 1820. Il est depuis lors resté inoccupé.

Faune des vertébrés

Cet îlot rocheux d’environ 1000 m de long sur 80 m de hauteur est abrité du mistral par son exposition sud-est. Il offre un refuge privilégié à l’avifaune, qui y trouve de nombreuses cavités de nidification. Accolé au lit de la Durance, le lieu s’avère propice au développement de nombreuses espèces. On y remarquera bien sûr les nombreux choucas, les bruyants martinets, des hirondelles, mais aussi quelques rapaces, et des espèces un peu plus rares comme par exemple le merle bleu. Les petits mammifères volants des cavernes y sont aussi très représentés.

Spéléologie

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Plan de la grotte

À l’intérieur de la grotte, à gauche de la statue, le chemin plonge dans les entrailles de la terre. Cette grotte bien connue du milieu des spéléologues a été explorée sur plus de 1600 m et comporte de nombreuses salles splendides, ornées de stalactites et autres merveilles du monde souterrain. Elle a fait l’objet d’une description très complète dans la revue de spéléologie Spelunca. Plusieurs associations en proposent la visite, qui est accessible aux débutants en spéléologie.

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Croix occitane

Au croisement de l’histoire, des paysages et de la mythologie provençale, subsistent dans la région bien d’autres traces de la grande famille de saint Eucher. La localité de Sainte Tulle doit son nom à Tullie, fille d’Eucher et Galla. Celle-ci y aurait son tombeau ; peut-être un jour des fouilles confirmeront-elles cette hypothèse. À Jouques, une chapelle a été construite en l’honneur de sa sœur Consorce. Celle-ci est également honorée par les Bénédictins, fondateurs de l’ordre de Cluny dont Mayeul, originaire de Valensole, fut le quatrième abbé. Il favorisa la création du prieuré de Ganagobie, non loin d’ici.
Quant à Véran, l’enfant de la famille porté par la légende, il aurait été évêque de Cavaillon d’où il chassa un affreux dragon d’un maître coup de crosse. Le monstre s’en fut mourir non loin des sources de la Durance, au village devenu saint Véran.

Comme on le voit, cette famille a laissé ses marques dans toute la vallée et dans la tête de ses habitants.

Christophe Gérardin
Juillet 2007

Repères topographiques

Plan routier :

Carte Michelin

Accès

L’accès à la grotte, bien que n’étant pas très difficile techniquement, comporte un passage à flanc de falaise assez impressionnant. Équipé d’une main courante, il réclame une certaine assurance. La balade est donc déconseillée aux jeunes enfants ainsi qu’aux personnes sujettes au vertige par exemple.
L’accès au jardin est par contre difficile.
Nous conseillons au lecteur désireux de s’y rendre, de contacter
l’association AMITIE, Rue de la mairie, 84120 Mirabeau ;
ou Christophe Gérardin, tel. 04 90 77 28 93, mail gerardin13@hotmail.com.
Prévoir des lampes de poche, indispensables pour voir la statue dans la grotte.

La chapelle ne présente aucune difficulté d’accès. Elle est bien visible depuis l’autoroute ou des alentours de Saint-Paul-lez-Durance (voir la photo en début de texte). Par contre, l’automobiliste roulant sur la N. 96 ne l’aperçoit que difficilement, quelques mètres au-dessus de la route, cachée derrière les arbres, côté falaise. Quelques places de parking sont matérialisées, une centaine de mètres avant le court chemin d’accès qui y conduit. Un autre parking, côté falaise, est à la disposition des visiteurs venant du nord.

Repères bibliographiques

. Publication originelle, édition du Rapapéou 2007, Mirabeau
. La Durance de long en large, Bacs, barques et radeaux dans l’histoire d’une rivière capricieuse. Les Alpes de lumière, 149, mars 2005. (Voir le chapitre La Durance dans l’Antiquité et au Moyen Âge de Guy Barruol, plus particulièrement en rapport avec cet article.)

. Jean Yves Bigot, La grotte de saint Eucher, Spelunca n° 105, 2007.

. Jean-Paul Clébert, L’ermite, un destin prodigieux dans la Provence du Ve siècle, Albin Michel, 1 986. Extrait de la quatrième de couverture : « … un roman surprenant et original,… inspiré de l’histoire authentique de saint Eucher,… ».

Sur l’internet :
biographies et textes de Eucher

Sur le même site un autre article consacré à l’ermitage de saint Eucher dans les Cahiers de l’ANTP.

Suggestions

Après la chapelle, on pourra visiter à proximité du pont de Mirabeau, les traces émouvantes de la vie sur La Durance, longtemps qualifiée de "fléau".

Quelques kilomètres en aval de l’ermitage de saint Eucher, le lit de la rivière se resserre dans un défilé propice à l’établissement d’un pont. On trouve à proximité les traces d’un bac qui permettait la traversée avant la construction du premier pont suspendu en 1831.


Pont de Mirabeau

Au premier plan, le tablier du pont actuellement en service et les piles du pont suspendu de 1831. Au second plan, sur un éperon rocheux bordant la rivière, on distingue la chapelle sainte Marie-Madeleine-du-pont, protectrice des voyageurs. De là on descendait à un "port" sur la Durance.


On a évoqué, au début de cet article le flux d’échanges de toutes natures transitant par le cours de la Durance entre l’Italie, le haut pays et la Basse Provence. "Dès l’antiquité, une intense activité — telle qu’on ne l’imagine plus — régnait sur la rivière : un nombre étonnant de bateaux et de radeaux descendaient et remontaient son cours, sans que la violence de son courant rebutât les courageux bateliers" (Guy Barruol dans La Durance de long en large* p. 24)

La Durance, avant la construction du barrage de Serre-Ponçon dans les années 1960, était l’un des cours d’eau les plus rapides de France, avec un débit très irrégulier et des crues fréquentes atteignant couramment trois à cinq mètres. Dans ces conditions les ponts de bois établis depuis le Moyen-Âge ne résistaient pas longtemps et c’est le plus souvent par des bacs que marchandises, bêtes et gens franchissaient la rivière.

Ces bacs étaient de grosses barcasses à fond plat, retenues en travers du courant par "la traille" : un fort cordage amarré de part et d’autre du lit. Entre Sisteron et le confluent du Rhône on en comptait une quinzaine.
Imaginons cette rivière au régime de torrent, propulsant des barques de toutes sortes et de lourds et peu manœuvrant radeaux de pins, d’épicéas ou de mélèzes ; au printemps des années froides de gros glaçons venus de la montagne se mêlaient au trafic. On risquait sa vie à la descendre et plus encore à la traverser "à la traille". Les accidents, les naufrages et les noyades étaient fréquents.
Or il n’existait pas d’assurance transport, non plus que de Sécurité Sociale pour les blessés. Pour toute sauvegarde on s’en remettait à Dieu et ses saints. Aussi les sanctuaires protecteurs étaient-ils nombreux sur le parcours, leur présence balisant chaque passage délicat. La plupart ont disparu, mais celui de sainte Marie-Madeleine-du-pont est remarquablement conservé.

Sainte Marie-Madeleine du pont

On pourra l’approcher par rive droite (N. 96) et descendre les escaliers taillés dans le roc jusqu’au quai d’embarquement, très au-dessus du niveau actuel des eaux. Les anneaux de scellement de la traille sont également visibles. En face, sur la rive gauche (D. 952 vers Saint Paul-lez-Durance et Cadarache), on observe sur un bloc rocheux des anneaux scellés qui pourraient être l’autre amarrage de la traille.

La chapelle sainte Marie-Madeleine-du-pont date du XIIIe siècle ; à la même époque, à l’emplacement du pont actuel, s’en trouvait peut-être un autre, disparu depuis. L’intérieur de la chapelle est visible par la grille qui ferme l’entrée.

La Marie-Madeleine protectrice des voyageurs est moins connue que celle qui, à la Sainte Baume veille sur les "heureux événements". Ce culte s’est développé au XIIIe siècle dans les Alpes, le long des voies de communication et plus précisément à l’approche des passages délicats voire dangereux : cols et "pas" d’altitude, vires escarpées et bien entendu, gués, bacs et ponts, ces derniers n’étant pas d’une robustesse à négliger un petit viatique. La Madeleine apparaît ici en puissance tutélaire du voyageur engagé dans un passage ; elle fait couple avec "le passeur", guide de montagne ou nocher du bac.
Tout bien considéré, cette Madeleine des voyageurs est la même que celle des heureux événements. Maîtresse des passages, elle protège le passant comme l’enfant à naître. Lui aussi est engagé dans un cheminement hasardeux conduisant à un col délicat voire dangereux.

Une autre fois…

Radeliers de La Durance. ©Jean Huet
Source : Jean Huet (http://www.jean-huet.com)


Les radeaux d’antan ne descendent plus La Durance jusqu’au défilé de Mirabeau. Mais chaque année, en fin mai début juin, l’Association des Radeliers de La Durance les fait revivre dans l’Embrunais.

On trouvera tous renseignements utiles sur le site de l’association ou celui de l’Office du Tourisme d’Embrun.
Radeliers de La Durance. ©Pascal Marguet
Source : Pascal Marquet (http://www.pascal-marguet.com)


Crédits photos :

Lorsque l’auteur n’est pas mentionné, les photos sont de Christophe Gérardin ou Christian Bonnet.
. Sauf la Croix occitane, empruntée à oc.land.free.fr/Croix_occitane.html..

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