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Petite Camargue, Gard

Les refusants d’Aigues-Mortes

Ceux qui ne cèdent pas à la propagande

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Marseille 1980
Source : Giacobazzi.fr

En 1893, les marais salants de Petite Camargue et la ville d’Aigues-Mortes ont été le théâtre d’un massacre de saisonniers Italiens perpétré par leurs coéquipiers Français et une partie de la population locale. Comme la plupart des affaires navrantes, celle-ci a été tue pendant longtemps et, aujourd’hui encore, elle demeure douloureuse pour les gens du cru et les Italiens.

En suivant les protagonistes dans les salines, sur les lieux même du drame, on verra que la propagande nationaliste des décennies précédentes n’est pas pour rien dans le déclenchement de la tuerie et l’on saluera les Aigues-Mortais qui s’y sont opposés.

Le pays d’Aigues-Mortes vivait du sel et des saumures avant même l’arrivée des premiers commerçants de Méditerranée orientale. Ferdinand Benoit* soutient que ces produits sont à l’origine du nom donné par les Grecs aux Ligures du littoral : les « Salyens », habitants du « pays du sel ». [1]

Indispensable à la vie et partant fort lucratif, ce don de la nature abonde en Camargue mais, paradoxalement, il n’a jamais enrichi les Aiguesmortais.
Bien au contraire, il a attiré les appétits étrangers dans le pays à commencer par les colons phocéens au 6e siècle avant notre ère. Suivirent, au 5e siècle chrétien, les moines de Psalmodi, à quelques kilomètres au nord. Avec le concours des autres « abbaye du sel », ceux-ci accaparèrent la culture et le commerce de « l’or blanc ». Les Capétiens leur succédant au 13e siècle, instaurèrent un monopole d’État sur le commerce du sel et de surcroît, le grevèrent d’un impôt — la gabelle du sel — qui, en Provence par exemple, rapportait autant que tous les autres revenus du Comté.

Le cadre économique et social de la tuerie de 1893 se constitue au 19e siècle. La Révolution de 1789 avait rebattu les cartes, la révolution industrielle change le jeu.
L’usage alimentaire du sel devient marginal, les neufs dixièmes de la production étant destinés à la jeune industrie chimique, entr’autres celle de la soude, indispensable à la fabrication du savon de Marseille. Pour répondre à la demande, la production des salines de Peccaïs double entre 1850 et 1900.
Les propriétaires initiaux, une vingtaine de cultivateurs du sel, très attachés à leur indépendance et à leurs droits séculaires en matière de pêche et de chasse, furent contraints en 1840, à un regroupement incluant des fortunes de Nîmes, Montpellier et Marseille. En 1868 le regroupement de propriétaires se transforme en société par action ; dès lors les intérêts de la compagnie entrent en conflit avec ceux de la société aiguesmortaise traditionnelle. [2]
La date de mise en service des infrastructures nouvelles illustre ce divorce. En 1878, la voie ferrée venant de Nîmes arrive à Aigues-Mortes. Elle ouvre vers la France entière de vastes débouchés au sel et au tout nouveau « vin des sables ». L’eau courante, elle, attendra 1896, soit presque vingt années supplémentaires, en dépit des demandes réitérées de la municipalité. Ce décalage indique clairement les priorités des pouvoirs en place.
Les conditions de travail manifestent les mêmes choix. Parlant des ouvriers des salines, un conseiller municipal d’Aigues-Mortes écrit en 1870 : « Ce sont de véritables forçats. À leur tâche des bêtes de somme succomberaient. » [3]
La ville était pauvre. Un journaliste Italien en dresse le tableau suivant : « Les habitants des campagnes logent dans des masures sordides. La ville, très pauvre, est dans un état pitoyable. On a de la peine à croire qu’en France puisse exister un endroit aussi misérable. » [4]

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Parténements G Rey / G. Santantonio,salines.com

Chaque année, la récolte du sel, en août, suivie des vendanges en septembre, attiraient deux milliers de travailleurs saisonniers. Gros bourg de 4000 habitants, Aigues-Mortes vivait difficilement cette crue d’environ 50 % de sa population.
L’eau potable manquait faute de réseau de distribution. Les saisonniers non embauchés — près de la moitié — bivouaquaient au pied des remparts et se nourrissaient de maraude dans les vignes, provoquant des altercations et la colère des propriétaires. Par-dessus tout, cet afflux « d’hommes seuls, jeunes, souvent instables, voire violents » [5] créait un sentiment d’insécurité. Sentiment d’autant plus vif que la brigade sédentaire de gendarmerie se limitait à trois hommes au moment des événements.
Aussi ne faut-il pas s’étonner si le Maire dans ses courriers parle « d’invasion » du territoire communal à l’occasion de la récolte du sel. Le mot traduisait parfaitement le point de vue de ses administrés. Ceux-ci distinguaient les paysans originaires des départements voisins ou du Piémont, des derniers venus, les trimards. La situation des premiers leur était familière : paysans comme eux, ils ne recherchaient qu’un gain complémentaire leur permettant de vivre au pays, qu’ils se hâteraient de rejoindre la saison achevée. De plus, tous — Ardéchois, Piémontais et gens du cru — parlaient occitan. Par contre les seconds, étaient craints parce que sans pays, sans attaches — « sans aveux » selon le vocabulaire d’époque — ils étaient radicalement étrangers. En outre, et le maire ne manquait pas de le rappeler, la plupart étaient des « repris de justice », condamnés pour quelques larcins et plus souvent pour « vagabondage ».
La municipalité avait multiplié les appels au secours auprès des autorités en vue du creusement d’un puits, pour un renforcement de la brigade de gendarmerie, pour l’extension de l’hospice. En vain. Non que les demandes aient été jugées injustifiées mais les pouvoirs publics et l’exploitant des salines se renvoyaient la charge du financement. [6]

La course de la Franc-Comtoise

Le 17 août 1793 au matin, une foule déchaînée emplit la place Saint-Louis, au cœur d’Aigues-Mortes. Cris de mort repris en chœur et surfant par-ci par-là sur le vacarme, une Marseillaise braillée : Aux armes citoyens ! Qu’un sang impur abreuve nos sillons… Le drapeau tricolore, un drapeau rouge peut-être. Des briques, des fourches et même quelques fusils. C’est l’émeute.
Une jeune femme quitte précipitamment la place. C’est une grande fille sans grâce qui passe inaperçue avec son tablier noir sur sa jupe grise et son ample fichu noué sous le menton. D’elle on sait peu de chose, sinon qu’elle est d’origine Franc-Comtoise et vit avec un Piémontais surnommé Belleri, établi depuis plusieurs années à Aigues-Mortes en qualité de baïle. Le terme désigne de petits sous-traitant de la société propriétaire des salines, dont la moitié environ est originaire du Piémont.
Tandis qu’elle presse le pas vers le rempart Est, elle entend une fois encore battre « La générale », le tocsin du tambour, l’ordre de se rassembler muni de son fourniment, prêt à l’action. La forte voix du crieur public succède au tambour. La Franc-Comtoise est maintenant trop éloignée pour comprendre ses paroles mais, pour les avoir déjà entendues, elle sait qu’il annonce l’ouverture d’une chasse exceptionnelle : la chasse aux Italiens.

La femme sort de la ville par la porte de La Reine et poursuit droit devant elle, sur le Chemin bas de Peccaïs.

Passée la porte, le vacarme cesse d’un seul coup, comme si le son était coupé. Lui succède le souffle du vent, incessant dans ce pays.
Elle longe une roubine d’eau croupie dont les rives sont tenues par les sagnes, ces roseaux dont on fait les toits de chaume. Ils bouchent la vue mais on devine l’eau tapie des marais. Sur la gauche, parcelles de vigne et jardins se succèdent.
Au croisement du chemin qui conduit au mas Méjean (d’où la photo ci-dessus a été prise), la Franc-Comtoise déchausse ses bottines de ville qu’elle n’a plus quittées depuis la veille, les pend à son cou par les lacets et, empoignant le bas de sa robe, la remonte jusqu’aux cuisses. Ainsi parée pour une course de six kilomètres, elle part d’un petit trot glissé.
Où court-elle, la Franc-Comtoise, jupe troussée et poitrine ballante ?
Elle va alerter les Piémontais de Fangouse, saline du quartier de Péccaïs. Non pour sauver son homme, il n’y est pas. Ce qu’elle a vu la veille et ce matin encore la révulse. Ces mines tordues de haine, ces hommes assommés puis roués de coups de talons et laissés sans vie, la tête ensanglantée. Ce matin, le Maire suant la peur, l’inquiétude du Préfet arrivé par le train et les gendarmes soucieux. Les forcenés veulent maintenant aller tuer ceux de Fangouse. Elle refuse.

Une demi-heure plus tard elle longe l’étang de Quarante sols. Peut-être n’était-il pas comme aujourd’hui, asphyxié par la végétation.

Puis elle franchit un chenal par la double porte martellière qui supporte Pont l’Abbé.

Elle entre alors dans les marais. La végétation s’abaisse d’un étage ; la vue s’ouvre sur l’Étang de la Ville et, au-delà, les salins du Perrier, tout proches d’Aigues-Mortes et néanmoins baignés de sérénité.

Elle s’engage sur la chaussée de Beauregard émergeant à peine des eaux, pointée vers Peccaïs.

Elle la quitte très vite et bifurque à droite, sur une trace dans les sables frangés de sel.

Elle atteint enfin le mas de Fangouse dans un îlot de sansouïre, cette végétation spécifique de la Camargue littorale.

La bâtisse que voici est l’œuvre des Allemands durant la dernière guerre ; ils occupaient également le fort de Péccaïs. Le baraquement des Piémontais a disparu mais c’est bien ici, dans ces lieux écartés, que le premier acte du drame s’est joué la veille.

La Franc-Comtoise suante déboule sur le groupe d’ouvriers au repos dans l’ombre étroite de la façade. Ils attendaient le retour de leurs camarades français, diront-ils, n’imaginant pas ce qui se passait en ville.
- Partez ! Sauvez-vous ! crie la femme le souffle court. Maintenant que le but est atteint, l’émotion la submerge. Un témoin se souvient de cette Française venue d’Aigues-Mortes « en pleurant pour nous engager à quitter les lieux ». Mais ce qu’elle raconte est trop énorme, ils ne la croient pas. Elle boit un peu d’eau à la gargoulette qu’ils lui tendent, mouille son fichu pour se rafraîchir le visage.
- C’est vrai que vous avez tué des Français ?
- Jamais de la vie ! se récrient les Piémontais.
- On s’est juste un peu fritté plaisante le plus jeune, un joli garçon imberbe au français fluide. Mais les autres rient jaune.
- Tu sais, poursuit le jeune, c’étaient tous des trimards. Avec nous, ça ne pouvait pas faire.
Oui, en effet elle sait, elle devine la suite.
- Où sont les autres ? demande-t-elle encore.
Elle s’attendait à trouver 200 hommes, ils ne sont pas la moitié.
- Partis répond le baïle avec un mouvement du menton vers Péccaïs.
- Les Saintes ? Arles ?
Il hausse les épaules en signe d’ignorance. Un gros pli de soucis lui barre le front. Il ne redoute pas la bagarre mais les journées perdues et peut-être même la campagne compromise.
- Et bien ceux-là étaient plus intelligents que vous, poursuit la femme. Des Français vont arriver, ils sont armés, ils sont fous, ils viennent venger leurs morts, ils viennent vous tuer. Sauvez-vous répète-t-elle encore.

Dans le silence qui suit on entend l’ébrouement d’un cheval tout proche. Le buste des gendarmes montés apparaît au-dessus des fourrés de pistachier. Ils ont précédé les émeutiers annoncés.
Ils mettent pied à terre face au mas. Le grand pète-sec qui les commande s’avance vers le groupe sidéré. Le baïle ? demande-t-il posément. Le baïle a un passé militaire et tient à ce que cela se sache. Il s’approche et, à distance réglementaire, il se présente. Le capitaine apprécie cette forme discrète d’allégeance. Nous sommes ici pour vous protéger explique-t-il. Deux ou trois cents hommes, furieux, saoulés de vin et d’envie de meurtre, arriveront d’un instant à l’autre. Faites entrer vos équipiers dans le baraquement, et n’en bougez pas jusqu’à nouvel ordre. Nous tacherons de les contenir.

Les événements d’août 1893

Voici maintenant un récit succinct des événements. Le lecteur soucieux d’une relation complète pourra se reporter aux ouvrages de E. Barnabà* et G. Noiriel* cités en bibliographie. On trouvera une version synthétique du Massacre des Italiens, sur le site DAJA

Arrivée à Fangouse le 16 août 1893 de grand matin, une forte équipe de travailleurs saisonniers démarre le levage du sel, phase la plus harassante de la récolte. Sur les trois cents hommes qui la composent, les deux tiers sont des Piémontais, le reste des trimards.
Depuis l’embauche, une animosité latente oppose les deux clans. Durant la matinée elle se manifeste par diverses altercations, sous des prétextes futiles — j’emprunte le terme à un rapport officiel — mais qui indiquent bien que, de part et d’autre « on se cherche ». Tant et si bien que, à la pause de mi-journée, « on se trouve » un affront sérieux, justifiant un baston généralisé.

Inférieurs en nombre, les trimards sont contraints à la fuite, emmenant avec eux cinq blessés légers et un grave besoin de vengeance. L’escalade débute.
Ils regagnent Aigues-Mortes et alertent leurs concitoyens embauchés au salin de Perrier, proche de la ville, ainsi que ceux demeurés sous les remparts, faute d’embauche. Ces derniers, évincés par la concurrence piémontaise, trouvent dans l’incident un exutoire à leur désespoir. Très vite, la fièvre monte.
On crie qu’à Fangouse, des morts et des blessés graves sont restés sur le champ de bataille. Aux armes citoyens ! Une foule armée de triques envahit la ville close dans ses murailles, appelant à la vengeance. Elle coince un groupe de Piémontais dans la boulangerie de la place Saint-Louis, les y assiège, menaçant d’incendier le bâtiment.
La municipalité voyant venir la tuerie, fait appel à la préfecture du Gard. Durant la nuit, tandis que se poursuit le siège de la boulangerie, une brigade de gendarmes à cheval, le procureur de la République et le juge d’instruction de Nîmes, bientôt suivis du préfet en personne, arrivent sur les lieux. Ils parviennent à calmer les émeutiers en leur promettant l’expulsion des Piémontais et leur remplacement par des journaliers français.
Le lendemain, 17 août, l’émeute se rallume lorsque les assiégés de la boulangerie sont conduits à la gare, sous la protection du maire, du juge et des gendarmes. Une bande de trois cents hommes environ prend le chemin de Fangouse bien décidée à venger les morts de la veille. Les gendarmes à cheval — une vingtaine — les ont précédés et protègent le baraquement dans lequel les Piémontais sont réfugiés. Les plus impétueux des agresseurs réussissent à gagner le toit d’où ils bombardent les assiégés avec les tuiles arrachées à la couverture. Craignant que la baraque ne soit prise d’assaut, le capitaine Cabley renouvelle la promesse d’expulsion dans l’espoir de calmer les esprits et entreprend de ramener les Piémontais à Aigues-Mortes où ils seront mis au train.

Commence alors pour les Christos — juron favori des Piémontais — un long et terrible chemin de croix, tout au long de l’itinéraire suivi en sens inverse par la Franc-Comtoise. La bande armée poursuit son harcèlement ; les plus audacieux se glissent entre les gendarmes pour matraquer les malheureux ou les précipiter dans les roubines vaseuses. Dans les années 1950 on retrouvera les restes de sept corps noyés dans les fossés et l’étang de Quarante Sous.

En vue de la Porte de la Reine — là où la Franc-Comtoise avait ôté ses chaussures — une seconde bande armée sortie d’Aigues-Mortes prend les Piémontais en tenaille. Les gendarmes sont débordés, c’est la curée. Partis 90 de Fangouse, ils ne seront plus que 38 lorsqu’ils parviendront à l’abri de la tour de Constance qui domine Aigues-Mortes. [7].

L’après-midi du même jour le massacre continue en plein cœur de la ville médiévale. Les ossements trouvés dans les marais, laissent craindre qu’ils ne se soient poursuivis les jours suivants. [8]

Le décompte français fait état de 8 morts et une cinquantaine de blessées ; celui des Italiens est plus lourd : 8 morts, 99 blessés et 14 disparus [9].
Ces disparus sont les plus terribles. Leurs familles privées de deuil, leurs corps privés de sépulture, Christos ! Leurs âmes déconsolées rodent toujours sur les marais.

Le jugement d’Angoulême ou la justice impossible

La tuerie d’Aigues-Mortes s’est déroulée sous les yeux de la population, des gendarmes et des autorités locales — maire, préfet, juge de paix et procureur de la République — dont les témoignages et échanges de courriers nous sont parvenus. Les événements sont donc attestés, ils comportent des incertitudes mais pas d’énigme. En revanche, le jugement de l’affaire, lui, pose question.

Sur une trentaine de prévenus, 17 accusés — 16 Français et un Italien — furent entendus par la cour d’assise d’Angoulême auprès de laquelle le procès avait été renvoyé pour éviter que les jurés, tirés au sort parmi les citoyens du département, ne subissent des pressions.
Le 30 décembre 1893, audiences et plaidoiries parvenues à leur terme, le jury populaire déclara les accusés non coupables et la cour prononça leur acquittement immédiat.
Les cadavres et les estropiés n’avaient pas été contestés, des preuves accablantes avaient été réunies contre plusieurs accusés : comment expliquer la position des jurés ?

Mentionnons d’abord les circonstances locales. En dépit des précautions prises, certains jurés subirent des pressions et se désistèrent. Par ailleurs, deux points demeuraient obscurs à l’issue des audiences. Sur la foi d’un reportage du Petit Méridional, et nonobstant les dénégations des autorités, toute la presse affirmait qu’il y avait eu des morts du côté Français. La responsabilité des employeurs dans la composition explosive de l’équipe affectée à Fangouse, fut écartée aussitôt qu’abordée. Une autre interrogation est demeurée sans réponse jusqu’à nos jours : pourquoi l’armée, réquisitionnée par le préfet le 17 à 4 heures du matin, n’était-elle parvenue sur les lieux que le soir à 18 heures ? La troupe avait passé la journée l’arme au pied sur le quai de la gare de Nîmes tandis qu’à Aigues-Mortes le massacre se perpétrait.
Certains jurés peuvent avoir refusé de punir dans ces conditions associant des pressions à des éléments obscurs.

Je crois, pour ma part, qu’à Angoulême la justice aura « tremblé à l’idée de comprendre comme à celle de punir » selon la forte expression de C. Lanzman à propos d’une autre affaire monstrueuse. [10]

La sentence n’émut guère les Français mais provoqua l’indignation des Italiens. Des manifestations violentes s’en prirent à l’ambassade de France à Rome, le chef du gouvernement fut mis en difficulté et la tension entre les deux pays s’aggrava au point que, pour enrayer le risque d’une guerre, les autorités françaises offrirent des dédommagements financiers aux familles des victimes et le maire d’Aigues-Mortes en sacrifice expiatoire. Elles reconnaissaient ainsi ce que la cour et les jurés avaient craint de comprendre et de condamner : la responsabilité collective des classes dirigeantes Françaises.

Nous allons maintenant aborder cette face de l’affaire en prenant du champ : les conditions de travail dans les salines expliquent le déclenchement de l’affrontement ; le contexte national, inquiet et belliqueux, rend compte de son évolution dramatique.

La récolte du sel

Le sel est récolté en fin d’été, lorsque le soleil et le mistral ont distillé l’eau saumatre et précipité, au fond soigneusement nivelé des tables salantes, un gâteau de sel épais de six à dix centimètres selon le millésime.
Les pieds dans la saumure, les hommes brisaient le sel et l’entassaient à la pelle en gerbes coniques.

Ensuite, ils le chargeaient dans des brouettes et le transportaient jusqu’au lieu de stockage où ils l’amoncelaient en collines de sept à huit mètres de hauteur, dénommées camelles par référence aux bosses du chameau.
Cette seconde phase, dite du levage, était la plus pénible.

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Camelle, saline du Perrier
Photo saline.com

Travail de force. On calcule qu’en fin de journée, chaque homme avait manutentionné une moyenne de 8 tonnes de sel. [11]

Travail de forçat, exposé aux grosses chaleurs, au vent et au harcèlement des moustiques, porteurs de fièvres paludiques. Sur les salines éloignées de la ville comme celle de Fangouse, les équipes de travail étaient déposées en barque avec de la nourriture pour quinze jours. Acheminée à dos de mulet, l’eau potable était strictement rationnée car elle manquait à Aigues-Mortes. Les hommes ne pouvaient laver ni leurs vêtements imbibés de sueur, ni leur peau corrodée par le sel au point de provoquer des lésions résistantes aux soins. Ils dormaient sur place, dans une cabane « d’une excessive malpropreté » précise le reporter du Petit Méridional [12], sur une litière de paille.

La récolte était sous traitée à un intermédiaire, le baïle, contre une rémunération à la tache et collective dite du "prix fait". Pour en rester au principe, disons : tant pour la récolte de telle saline. Le baïle se chargeait de recruter ses équipiers, en général dans son village d’origine, d’organiser leurs taches et de distribuer les salaires individuels. Si les hommes travaillaient vite, fort et en bonne intelligence, leur salaire journalier pouvait dépasser le double de celui des travaux publics [13].
On comprend que ce système mettait en concurrence les équipes et les hommes au sein des équipes. Il avantageait les groupes unis, les hommes ayant l’habitude et le goût des travaux de force. À ce jeu, les Piémontais étaient imbattables.

L’espoir d’une rémunération attractive provoquait chaque été une migration de paysans pauvres, des Cévennes voisines d’abord puis du Piémont italien à partir de 1850. Durant les décennies 1880 et 90, la crise économique provoqua un afflux de Français d’origine sociale et géographique hétéroclites. Nous parlerions aujourd’hui de chômeurs et de SDF mais ces mots n’avaient pas encore cours. La catégorie « chômeur », avec une définition proche de celle d’aujourd’hui, apparut pour la première fois au recensement de 1896 [14]. Quant à nos SDF ils n’étaient encore que des « vagabonds » passibles d’emprisonnement et pourchassés par les autorités. (Les délits associés de vagabondage et de mendicité n’ont été supprimés que dans les années 1990.) On les dénommait trimards, terme argotique renvoyant à trimer dur et trimardeur = routard [15].
Trimards donc, ces ruraux victimes de la paupérisation des campagnes, ces compagnons du bâtiment et ouvriers du textile sans travail, ces artisans en faillite et autres laissés pour compte de la révolution industrielle. Tous passés sous le gros aspirateur de la misère, décoconnés de leur appartenance à un lieu et un métier constitutif de leur identité, ceux dont on médit sans pitié :

Nous sommes les crève-de-faim
Les va-nu-pieds du grand chemin

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G.Couté, Sur la grand’route


Ceux qu’on nomme les sans-patrie

Ceux dont on médit sans pitié
Et que sans connaître on redoute
Sur la grand’route.

Ressources et repas aléatoires ne mettaient pas les trimards en condition physique pour un travail de force ; leur désinsertion sociale ne les préparait pas à un travail d’équipe. Associer ces hommes usés par la misère et la solitude à des paysans Piémontais aussi pauvre qu’eux mais surentraînés et soudés en communauté, c’était composer un cocktail explosif. Comme disait le jeunot à la Franc-Comtoise, « ça ne pouvait pas faire ».

Rien d’étonnant donc dans l’explosion survenue dès les premières heures de travail commun. Le moyen employé n’est pas raisonnable, certes, mais il offre une issue à une situation invivable. Notons bien que, dans l’immédiat, l’échauffourée de Fangouse n’eut que de médiocres résultats : cinq blessés légers c’est peu au regard de ce qu’obtiennent couramment les supporters du PSG.
Les choses auraient pu en rester là, sanctionnées par le Juge de paix, comme l’avaient été les rixes précédentes. Elles ont dégénéré pour des motifs à rechercher dans le contexte particulièrement violent de la fin du 19e siècle, dominé par la course à la suprématie des nations européennes.

La guerre des nations

La « terrible défaite » de Sedan en 1870 fut d’abord celle de nos dirigeants et généraux, coupables d’avoir perdu très vite la guerre engagée par eux, avec précipitation et garantie de victoire. Elle provoqua la débâcle du Second Empire, la proclamation de la République, le siège de la capitale et la pire guerre civile de notre histoire : la Commune de Paris. L’annexion de l’Alsace-Lorraine fut ressentie comme une perte intolérable et cristallisa la soif de revanche sur « le Boche » jusqu’en 1914. Côté germanique enfin, elle entamait l’unification de l’Empire Allemand.


Le mémorial du siège de Paris dont Meissonier dit avoir voulu faire « une sorte de symphonie héroïque de la France », donne à voir le climat ambiant, héroïque et désespéré.

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Meissonier, Mémorial du siège de Paris
Photo RMN, H. Lewandowski

Le tableau, très fouillé, permet de reconnaître les principaux personnages. Il gagne à être consulté sur le site de la Réunion des musées nationaux où il supporte d’importants agrandissements, agrémentés de commentaires et analyses d’image.
Le style pompier est lui-même évocateur de la Troisième République.


La France était atteinte dans son intégrité territoriale et les Français dans la haute opinion qu’ils se faisaient d’eux-mêmes. Porteurs des Lumières universelles au 18e siècle, maîtres de la moitié de l’Europe au début du 19e, ils se sentaient floués par leurs dirigeants et destitués de leur messianisme.
Partagés entre fureur et anxiété, intellectuels et personnalités politiques entreprirent de rendre son rôle de nation-pilote à la France et aux Français leur fierté.

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Une propagande belliqueuse

On trouvera dans le document ci-contre un aperçu de leur production (énorme), de ses auteurs (les plus brillants de ce temps) et de sa diffusion massive jusque dans l’entre-deux-guerres, via la presse, les mouvements de masse et les manuels scolaires.

L’ensemble de cette production peut être qualifié de « propagande » pour l’ampleur et la durée de sa diffusion, pour l’humeur belliqueuse dont elle ne se départit jamais — « sachons vaincre ou sachons périr », il n’y avait pas d’autre choix — enfin et surtout pour l’exaltation unanime de la nation et la patrie. Ces mots d’usage courant recèlent des significations antithétiques, chaleureuse et protectrice chez Rousseau et les auteurs de la Déclaration des droits de l’homme, querelleuse et compétitive sous la troisième République.
Le sentiment d’appartenance de nos anciens se limitait à leur paroisse d’origine, au mieux à leur province. Bretons, Corses, Bourguignons et autres provinciaux se muèrent en « Français » sous l’effet conjoint de cette propagande et des trois guerres « nationales » ou « nationalistes » de 1870, 1914 et 1945.

Ernest Lavisse, à la fois historien, "instituteur national" et principal propagandiste avait emprunté le modèle de cet endoctrinement de masse aux Prussiens. Il y voyait la raison majeure de leur facile victoire à Sedan et su convaincre gouvernants et élites de la Troisième République d’en faire l’arme de la revanche.
Lui-même cristallise sa pensée dans la formule suivante :
« Si l’écolier ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l’instituteur aura perdu son temps ».

C’est ainsi qu’en 1914, Français et Allemands nourris des mêmes discours ardents, s’en furent en guerre avec joie et dévotion patriotique.

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Photo RMN
http://www.photo.rmn.fr/CorexDoc/RMN/Media/TR1/QECPH3/06-505738.jpg

À mon sens, la tuerie d’Aigues-Mortes s’inscrit dans ce lit. De ce point de vue, elle devient intelligible, elle apparaît sous son véritable jour. Lequel n’est pas celui d’un accident local mais, au contraire, un "dégât collatéral" de la propagande préparatoire au carnage de 1914.

Maintenant rembobinons le film et redisons les événements en nous efforçant de restituer le point de vue des protagonistes, leur vision des choses formatée par vingt ans de propagande intensive, en nous souvenant des paroles de Noam Chomsky : La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un régime totalitaire.

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Angoulême : une justice sous influence

Les commentaires de la presse avant, pendant et après le procès, laissent deviner ce que pouvait être le débat intérieur des jurés. Je n’en donne qu’un court aperçu que le lecteur pourra compléter chez les auteurs cités ou, pourquoi pas, directement à la source en consultant les journaux du temps mis en ligne par Gallica, bibliothèque numérisée de la Bibliothèque Nationale de France.
Les termes péjoratifs constamment utilisés par la presse à l’égard des victimes s’expliquent — pour partie — par l’émergence récente de la nation Italienne.

Les Piémontais sont des Italiens
Les Piémontais avaient changé d’identité dans les années 1860 avec l’achèvement de l’unité italienne, et la formation du Royaume d’Italie. Ils étaient ainsi devenus Italiens, membres d’une nation que nous — Nous, Français — avions accouchée sous l’un et l’autre Napoléon, renouvelant au prix du sang les liens d’une commune souche latine. Et voilà que, dans les années 1880, notre « sœur latine » devenue grande s’irrite contre nous au motif que nous lui avions colonisée la Tunisie sans égard pour (ce qu’elle considérait comme) ses droits historiques.
Trois mois avant les événements d’Aigues-Mortes, Le Petit Journal ne cache pas l’amertume gallicane à l’occasion de la somptueuse réception réservée à l’Empereur d’Allemagne par les Italiens.


Souvenir effacé

Rappelant l’accueil triomphal fait aux libérateurs Français en 1859, le Petit Journal consacre sa Une du 13 mai 1893 au dévergondage — il n’y a pas d’autre mot — de la nation sœur, cette Italie « bigarrée, faite de morceaux comme un habit d’Arlequin », que nous avions établie « au prix de beaucoup d’argent et de sang ». Allait-elle venir à notre secours après Sedan et "au risque de périr, accomplir son devoir, acquitter la dette de sang qu’elle avait contractée envers nous ?
Comme vous la connaissez mal notre sœur ! Elle profita de nos désastres [pour faire] risette à notre vainqueur jusqu’à ce qu’il consentît à lui accorder ses faveurs."

(Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k716016x.image.f7.langFR)


Les faveurs dénoncées par le Petit Journal évoquent un événement innommable : notre sœur s’est alliée au « boche » par un traité d’assistance mutuelle en cas d’agression par la France ou la Russie.
S’installe alors entre nos deux pays, une « paix armée » inscrite sur nos frontières alpestres par d’abondants ouvrages militaires et leurs voies d’accès. Les chasseurs alpins, adversaires potentiels des alpini, y trouvèrent leur raison d’être et le Club Alpin Français sa devise : « Pour la patrie, par la montagne » [16].
Ce contexte belliqueux exacerbe le nationalisme ambiant en France comme en Italie ; les commentaires de presse en sont imbibés.

Les meurtres patriotiques ne sont pas condamnables
Le procès « a quelque chose d’humiliant pour la fierté nationale » estime La Croix, car un seul Italien est sur le banc des accusés. Plusieurs avocats ont joué de ce registre, faisant valoir que leur client avait voulu défendre l’honneur national outragé par les Italiens : à Fangouse ils auraient crié « à bas la France ! ».
La presse nationaliste mais aussi la grande presse, font intervenir le Nous national dont on connaît l’aptitude à chauffer les cœurs et les esprits. « Nous Français », nous ne pouvons plus supporter « ces ouvriers à prix réduits qui viennent sur nos chantiers disputer le pain français et qui […] ont toujours le couteau près de leur pioche et le révolver dans leur culotte[…]. L’Italie ne nourrit personne et mange chez tout le monde ». (Le Matin, quotidien républicain modéré, cité par G. N).
La presse locale n’est pas en reste. Ainsi, le rédacteur en chef du Petit socialiste nîmois rend-il son verdict avant la Justice : « […] après avoir établi la part des responsabilités, je n’ai pas tardé à acquérir la certitude que les Italiens ont eu tous les torts. Comment, nous avons eu la générosité d’ouvrir toute grande la porte de notre frontière et en remerciement d’une hospitalité toute fraternelle on nous assassine ! [16] ».
Deux jours plus tôt — le 26 août 1893 — l’éditorial du Petit Var, journal "rouge" (radical) d’un département qui le fut tout autant, indisposé par les manifestations anti-françaises en Italie, appelle nos voisins à plus de retenue :
« … les Italiens devraient pourtant reconnaître qu’ils sont par trop envahissants. C’est par centaines, c’est par milliers qu’ils passent les Alpes et viennent s’installer chez nous. Ils sont plus de deux cent mille de Nice à Montpellier et de Marseille à Lyon. C’est une véritable invasion, et non seulement ils viennent enlever le pain de nos travailleurs, mais il ne leur arrive que trop souvent de leur distribuer des coups de couteau.
Nos magistrats correctionnels, en Provence, sont plus occupés à juger des Italiens que des Français ; nos prisons et nos hôpitaux sont encombrés de sujets du roi Humbert, et nos bureaux de poste passent leur temps à transmettre en mandats l’argent français que les ramoneurs de cheminée, les « pifferari » (joueurs de fifre) et les mouleurs de plâtre, gent nomade, envoient à leurs familles de Gênes ou de Florence. »
 [17]

Ainsi, discours politiques et articles de presse de tous bords, modifient unanimement l’objet du procès, la chose à juger. Il ne s’agit plus de la question posée aux jurés : coupable ou non ? Il ne s’agit plus de rendre justice mais de gagner la controverse opposant la nation Française à la nation Italienne.
Excellent climat pour Édouard Drumont, autoproclamé « pape de l’antisémitisme », qui dans son journal sous-titré « La France aux Français ! » tire de l’acquittement la morale que voici : « Les jurés d’Angoulême ont jugé en bons Français […] Bravo ! […]. »
Il faut lui reconnaître le mérite d’énoncer sans détour l’opinion majoritaire chez nous et d’en exprimer le venin. « Ils ont jugé en bons Français » implique en effet,
- primo, que les meurtriers ont également agi en bons Français et,
- secundo, que les meurtres patriotiques ne sont pas condamnables.

Journalistes et politiques ont eu l’habileté de dissimuler ces implications dans les sous-entendus, en sorte que le venin passe dans les consciences subrepticement, sans alerter les défenses morales… Et voilà comment un jury populaire rend le jugement attendu par l’opinion, la presse et l’avocat de la défense. Bravo !

Revoyons maintenant les événements d’Aigues-Mortes à la lumière de ce que nous a appris le procès d’Angoulême.

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Aigues-Mortes : le jeu de la guerre

Voici donc nos saisonniers Piémontais devenus Italiens et par là ennemis de la Patrie, chose dont ils n’avaient probablement pas conscience, en tout cas pas ceux qui attendaient benoîtement à Fangouse, le retour de leurs coéquipiers.
Parmi les trimards qu’ils avaient chassé la veille manu militari — nous y voici — se trouvaient quelques anarchistes, redoutés pour leur conscience de classe — « il y a ceux qui travaillent mais ne possèdent rien et ceux qui ne travaillent pas mais possèdent tout » — et leur propension à l’action violente.

Ceux-là disposaient de la culture politique nécessaire pour transformer l’échauffourée de Fangouse en drame d’intérêt national. Ils ont créé un événement de nature à provoquer l’estrambord [18] de leurs voisins, lequel entraine l’adhésion des politiques et l’appétit de la presse. Dans ce but, ils se sont contentés de scénariser la colère et le dépit de leurs compagnons en utilisant la recette du "jeu de rôle grandeur nature" c’est-à-dire et en substance, une sorte de partie de gendarmes et voleurs entre adultes. (Pour plus de précisions, consulter le site de la Fédération française de JdR).

Ici, le jeu emprunte son thème à la propagande nationale et aux tensions internationales : ce sera la guerre des Français contre les Italiens, évidemment. D’où la mise en scène : les drapeaux tricolores bricolés dans de vieux rideaux, les Marseillaises, le recrutement du tambour de ville dont la seule batterie — « la générale » — est un appel aux armes. L’ouverture annoncée de « la chasse à l’ours », est une galéjade typique qui met l’auditeur en demeure de choisir un sens ou l’autre : plaisanterie ou appel au lynchage des Italiens ? Seuls participeront au jeu ceux qui ont choisi de lyncher.

Les cadavres français laissés à Fangouse sont le ressort du jeu, probablement inventé sur le chemin du retour après la bagarre initiale. Le choix est habile, le cliché de l’Italien au couteau rapide étant admis de tous. Le juge de paix d’Aigues-Mortes s’y laisse prendre : l’après-midi même, il se précipite à Fangouse escorté de gendarmes. Il n’y trouve aucun cadavre mais à son retour, il n’en convaincra personne.
Il est trop tard, l’heure n’est plus à l’examen des faits, elle est à la vengeance. Le jeu de rôle bat son plein ; comme un incendie de pinède à son apogée, il déborde les défenses locales.

On saisit l’intérêt de la fiction guerrière. Le jeu de rôle réintègre les trimards dans le grand Nous national ; il libère la colère ouvrière chargée de longue date ; il fédère ouvriers et petits paysans — les vignerons Aiguesmortais mis au pillage — contre l’envahisseur Italien. Enfin et surtout, il autorise le défoulement criminel. Les motifs de l’acquittement d’Angoulême étaient dans toutes les têtes durant le massacre, présents depuis longtemps dans l’air du temps, portés par la propagande nationale.

Les grands gagnants sont évidemment les trimards, la « classe dangereuse ». Eux, les moins que rien, dépouillés d’emploi, d’adresse et de profession, on leur a tout ôté sauf leur nationalité dans laquelle, maintenant, ils se drapent. Qu’on le sache donc : eux aussi sont Français, et bons Français de surcroît. Ils le prouvent en combattant pour la patrie menacée dans ses ressources — le travail français — et ses enfants — les patriotes.

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Le jeu de la guerre dégénère en coup de folie

Les autorités locales, elles aussi, anticipent l’acquittement. En sorte qu’elles se laissent emporter par le jeu de rôle comme en témoignent quelques incidents annonciateurs.
« C’est un Italien qui m’a blessé hier, il faut que j’en tue, vous ne m’en empêcherez pas. » déclare à un gendarme tel trimard rentré de Fangouse avec un œil poché. [19]. Il n’est pas fréquent que l’assassin prévienne le gendarme de ses intentions criminelles. S’il le fait c’est qu’il est assuré de sa compréhension, voire de son indulgence. [20]

« On m’a dit en me mettant le poing sous le nez "Tout ce qui arrive est de votre faute. Vous protégez les Italiens contre les Français auxquels ils enlèveront bientôt le pain de la bouche. Vous êtes des misérables” » témoigne le Juge de paix d’Aigues-Mortes. [21].
Plus encore que l’apostrophe au gendarme, celle-ci témoigne du désordre mental qui emporte les émeutiers : convaincus de leur droit au meurtre, ils renversent les rôles. Les autorités en sont ébranlées.
Les tergiversations et le malaise du maire, du juge et des gendarmes, favorise leur perte de contrôle de la situation. Le jeu s’emballe par contagion. De l’estrambord on glisse dans le coup de folie collective, le terme étant entendu au sens grave de « psychose collective » : « … La conviction unilatérale du droit s’établit pour atteindre le but par tous les moyens, y compris la violence et le meurtre. C’est un délire d’action. Sous toutes leurs formes les psychoses collectives peuvent être une cause de troubles dans la vie d’une famille et même dans la paix d’une nation… » (Huisman vers 1950).

Après une nuit d’assaut contre la boulangerie, de huées et de beuveries, ce qui se passe dans l’enceinte médiévale de la ville illustre la définition citée. « Kroumir ! » crient les demoiselles, s’adressant au plus pitoyable des accusés depuis le balcon des belles demeures de la place saint Louis, « Kroumir ! Il y en a un qui bouge encore ! ». Et Kroumir, déshérité des déshérités qui ne désire rien tant qu’un peu d’estime, s’arme d’un marteau et va fracasser le crâne du blessé.
De même durant le « chemin de croix » au retour de Fangouse. J’ai écarté de ma relation la description des ignobles assassinats perpétrés sous les yeux des gendarmes, à leur corps défendant pourrait-on dire, les assassins ne craignant pas d’aller au contact, de les bousculer pour atteindre leur victime. L’un d’eux est désarçonné, le capitaine Cabley est blessé. Pourquoi ne font-ils pas usage de leurs armes comme les y autorise le règlement ? Parce qu’eux aussi anticipent le jugement d’Angoulême : on ne leur pardonnerait pas d’avoir tiré sur des patriotes.
Pour la même raison, le préfet n’a pas ordonné le couvre-feu pendant la nuit d’émeute, et le gouvernement a eu besoin d’une journée entière de consultations avant d’autoriser l’intervention de la troupe. [22]

Ainsi la folie collective armée par vingt ans de propagande intensive n’emporte-t-elle pas uniquement les trimards. Elle gagne les Aiguesmortais, du moins certains d’entre eux, elle paralyse les gardiens de l’ordre et, au final, elle trouble le discernement des autorités et de la justice.
Mais la folie collective n’est pas irrésistible, certains Aiguesmortais ont refusé de lui céder. Terminons par un hommage à ces gens dont on parle trop peu.

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Les refusants

La Franc-Comtoise dont nous avons suivi la course est évidemment l’exemple type du « refusant ». Philippe Breton*, les définit ainsi : « Ils n’opposent aucune morale, aucun point de vue religieux, aucun argument véritablement constitué aux massacres. Ce ne sont pas des résistants. Ils disent simplement “non, pas moi.” »

Outre la Franc-Comtoise, Enzo Barnabà* et Georges Noiriel* en désignent plusieurs. En voici quelques-uns, présentés par ordre alphabétique en commençant par les anonymes.

• Témoignage de Francesco Coutardie : « [… dans un café] le cuisinier que j’aidais au chantier, vint me trouver. Il offrit sa chambre comme refuge ». Avec un autre camarade français, ce cuisinier décide ensuite d’accompagner Coutardie aux portes de la ville pour l’aider à fuir. Mais le trio est interpellé par des trimards qui leur demandent s’ils sont Français ou Italiens. « Nous répondons “nous sommes des patriotes.” On nous laissa alors passer. Mais quand ils ont vu que sur les trois il n’en revenait que deux, ils m’ont pourchassé. » [23] La réponse « nous sommes des patriotes » ne répond pas à la question posée ; mais elle fonctionne comme un laissez-passer : encore une illustration de la connivence issue de la propagande.

• Témoignage de Giovani Giordano devant la cour d’assise : gisant au sol, assommé, un trimard a voulu l’achever. « Mais son compère a arrêté son geste en disant : “Laisse-le, je le connais, j’ai travaillé avec lui.” Inculpé de tentative de meurtre, Giordano est défendu par Louis Jeanjean, cultivateur à Aigues-Mortes, chef de la bricole dans laquelle il travaillait. » [24]

• Témoignage d’un autre Italien : alors qu’il est pris à partie dans un café par un client qui voulait le frapper, un « vieillard qui se trouvait là l’en a empêché en disant “Qu’est-ce que vous allez frapper un malheureux ouvrier comme nous ? Laissez-le donc ! » Ici, note l’auteur, le Nous ouvrier prend le pas sur le Nous national. [25]

• Deux adjoints au maire passent la nuit à exhorter au calme les assiégeants de la boulangerie. [26]

• Les « maisons accueillantes » pour les fuyards sont citées ici et là par les deux auteurs. Elles appartiennent souvent à des loueurs qui recevaient depuis des années les mêmes saisonniers piémontais.

• Famille Fontaine, propriétaire de la boulangerie où soixante Italiens, venus en équipe avec leur bayle pour régler leur compte de pain, ont été surpris et enfermés, en compagnie de la boulangère, ses enfants et son frère, Vical. Le siège dure toute la nuit, Vical redoutant que la maison ne soit incendiée. EB livre de nombreux témoignages du bayle italien, de Vical et d’un saisonnier Italien. [27]

• Madame Gouley, protège un Italien que la foule voulait écharper. Elle mourra des suites des émotions et des coups reçus. [28] Elle sera pour cela décorée à titre posthume, autre reconnaissance des manquements de la puissance publique.

• Marie Gravier, abrite les Italiens logés chez elle. Seule en travers de sa porte, elle interdit son domicile aux émeutiers qui les poursuivent. [29]

• Jacques Mauger, curé, passe la nuit à contenir les assaillants de la boulangerie, en compagnie des deux adjoints au maire cités plus haut. Il fait transporter les blessés chez lui et apporte son secours spirituel aux mourants. Il sera pour cela violemment pris à partie par la presse nationaliste. [30]

On pourrait prolonger cette liste. Pour autant elle n’échapperait pas à l’arbitraire et demeurerait incomplète. Car les refusants furent beaucoup plus nombreux que ceux qui ont laissé une trace. Leur effectif, se situe dans une fourchette de 2 à 20 % — selon les évaluations citées par Philippe Breton*— ce qui, rapporté à la population d’Aigues-Mortes et pour une valeur moyenne de 10 %, représenterait 400 personnes.
Quel que soit l’effectif à retenir, il demeure que ces refusants existent, qu’ils ne sont pas quantité négligeable et méritent d’être connus et reconnus c’est-à-dire nommés et honorés.

Peut-être leur « race » est-elle plus fournie et plus drue chez les Français. J’en vois l’indice dans leur comportement à l’égard des Juifs pendant la dernière guerre. Chez nous, les survivants de la Shoah sont plus nombreux que dans les autres pays européens : deux fois plus pour les adultes et près de huit fois plus pour les enfants. [31]
Non que le Français soit moins antisémite que les autres mais il dégaine plus vite son refus : « on ne fait pas ça à des gens ».

Voilà une bonne, saine et sainte raison de fierté nationale. La "patrie des droits de l’Homme" pourrait-elle accoucher de la société post-raciale que la fondation
Lilian Thuram appelle de ses vœux
 ?

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Fondation Lilian Thuram
Photo : http://www.footballpictures.net/

Sur cette chute optimiste nous pourrions entreprendre l’une ou l’autre des balades proposées dans le texte ci-contre :

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Deux balades

la première parcourt les lieux du drame de la cité à Fangouse, en suivant l’itinéraire de la Franc-Comtoise ; la seconde, par une large piste propice au vélo, conduit au fort voisin de Peccaïs.
Dans les deux cas on rencontrera un acteurs du drame demeuré jusqu’ici à l’arrière-plan : le pays lui-même.

Christian Bonnet
Janvier 2011


Repères topographiques

• Accès routier

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Source : geoportail.fr

À Arles prendre la D. 570 en direction des Saintes-Maries-de-la-Mer sur 25 km ; la quitter à droite par la D. 58 : 20 km pour Aigues-Mortes.

• Les abords d’Aigues-Mortes

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Source : geoportail.fr

Les alentours d’Aigues-Mortes sont physiquement homogènes : une nature relativement préservée, en fort contraste avec le bétonnage de la bande littorale. Sur le plan administratif et humain par contre, diverses entités et populations se disputent le pays. Le site suivant me paraît refléter au mieux cette diversité :
http://www.nemausus.com/gard/tourisme/Gard_les-communes_du_departement/AIGUES-MORTES_gard.htm

Cartes IGN au 25 000
Aigues-Mortes la Grande-Motte, 2843 OT et Stes-Maries-de-la-mer, PNR de Camargue, 2944 OT.

Le musée de la Camargue
Situé au Mas du pont de Rousty, en bordure de la D. 570 à une dizaine de kilométres d’Arles, c’est une halte à ne pas manquer en introduction ou en conclusion de la balade.
Le musée retrace l’évolution des activités humaines dans le delta du Rhône dans un cadre convivial : tables de pique-nique, sentier de découverte, animations.

Repères bibliographiques

Les événements d’Aigues-Mortes :

Le sang des marais : 17 août 1793, une tragédie de l’immigration italienne, Enzo Barnabà, 1993.
L’ouvrage en français est épuisé. Réédité en Italie, sous le titre
Morte agli italianI
Voir aussi le site de l’auteur
L’auteur, écrivain Italien et spécialiste de littérature française, fut le premier à porter l’affaire à la connaissance du grand public francophone.

Le massacre des Italiens, Aigues-Mortes, 17 août 1793, Gérard Noiriel, Fayard, 2010
Voir le compte rendu de Télérama en ligne ici.
L’auteur a résumé son ouvrage pour le site DAJA (www.daja.fr/documents/massacre.pdf)
Voir aussi sur le blog de l’auteur l’article "Le « modèle français » d’immigration : intervention à l’Assemblée Nationale".

Nationalistes et étrangers, le massacre d’Aigues-Mortes, José Cubéro, Imago, 1998
En août 1893, dans les salins d’Aigues-Mortes, une rixe opposant des ouvriers français à des ouvriers immigrés italiens se termine par un massacre. A l’origine de cet affrontement meurtrier, se trouve le problème de la « protection du travail national », de la « préférence nationale ».
À partir des articles de presse, des rapports de gendarmerie et des comptes rendus de procès, José Cubéro retrace les faits, puis en démonte habilement tous les mécanismes. Il replace la tuerie au cœur des passions et des fantasmes xénophobes qui, de Sedan à l’affaire Dreyfus, agitent la nation française. Discours cocardiers et nationalistes — parfois radicalisés par les rivalités coloniales — prônent alors la chasse à l’Italien, aux nouveaux « Sarrasins » qui « volent le pain des Français ».

Alimentée par une italophobie grandissante, émerge ainsi, au-delà de tout clivage politique, la « question des étrangers ». Les tragiques événements d’Aigues-Mortes, véritables symptômes d’une société en crise et en quête de boucs émissaires, mettent en évidence la nature des phénomènes d’exclusion et de rejet de l’étranger qui perdurent souvent aujourd’hui.
(Source : Quatrième de couverture)

Le nationalisme du 19e siècle et d’aujourd’hui :

La question nationale au 19e siècle, Patrick Cabanel, La découverte, 1997, coll. Repères, 10 euros.
La question nationale est la principale clé de lecture de l’histoire géopolitique européenne au XIXe siècle. Proclamée par la Révolution française, elle débouche d’emblée sur une confrontation avec les penseurs allemands (Herder, Fichte...) à propos du sens des mots et du contenu des idées de la nation. Cette mésentente radicale culmine au sujet de l’identité de l’Alsace en 1870. Pendant tout le XIXe siècle, l’Europe entière est agitée par ce débat que les traités de paix de 1919-1920 ne feront pas disparaître. La question nationale change la face du continent, simplifiant les cartes (Italie, Allemagne) ou les surchargeant (décombres de l’Empire ottoman). D’abord progressiste avec le célèbre principe des nationalités, l’idée de nation montre par la suite un visage plus grimaçant dans le pangermanisme comme dans le " nationalisme des nationalistes " qui agite la France, l’Italie et la Russie à la fin du siècle. Tantôt elle sape les fondements de l’État comme dans l’Autriche des Habsbourg, tantôt elle le seconde efficacement dans sa construction d’une nouvelle citoyenneté comme dans la France de la IIIe République.
Ce livre rigoureux et accessible montre que la nation tire sa force de son imbrication avec d’autres puissants éléments de l’identité : l’histoire, la langue, la religion, voire les inégalités du développement économique et social. Face à Metternich comme au libre-échange des années 1860, la nation a prouvé qu’elle savait résister aux défis des glaciations politiques et des mondialisations. La leçon vaut bien au-delà du XIXe siècle.
(Source : http://www.editionsladecouverte.fr)

Parlez-moi de la France : Histoires, Idées, Passions, de Michel Winock,
Perrin, 2010 (Première édition : 1997), 20 euros.
Le titre, peu engageant au premier abord, correspond bien au propos : parler de la France de 2010 à la lumière de son passé. Michel Winock le fait avec une simplicité complice et sa verve rend plaisante la lecture de la trentaine de causeries que comporte l’ouvrage. Certaines sont en rapport étroit avec notre sujet :
- Les Français veulent-ils encore rester une nation ?
- La France n’est pas une géographie
- La Fille aînée de l’église est-elle une fille perdue ?
- Nostalgies royales
- Prestige de la révolution, échec de la Révolution
- Une terre d’immigration
Michel Winock fournit le lecteur en clés de compréhension, il le rend intelligent.
(C. B. janvier 2011)

L’immigration Italienne en France et la révolution industrielle :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Émigration_et_immigration_italienne#cite_ref-7
• P. Milza, Le racisme anti-italien en France, Histoire, n°10, mars 1970.

Les refusants
• Philippe Breton, Les refusants, comment refuse-t-on de devenir un exécuteur ? La découverte, 2009
Au terme d’un siècle marqué par plusieurs génocides et d’innombrables autres actes de violence contre des civils, une question reste en suspens : pourquoi certains hommes acceptent-ils d’être des « exécuteurs » de ces crimes, alors que d’autres le refusent ? Après que de nombreux travaux ont été consacrés aux victimes, aux bourreaux et aux résistants, Philippe Breton identifie, dans ce livre, une nouvelle catégorie d’acteurs : les « refusants ».
En dépit de leur quasi invisibilité - ils commentent rarement leur acte -, on trouve des refusants aussi bien parmi les SS durant la Seconde Guerre mondiale, parmi les génocidaires au Rwanda, dans les guerres du Vietnam ou d’Algérie, ou encore parmi les kamikazes islamistes. N’évoquant aucune idéologie politique, religieuse ou même humaniste, ces personnes ne sont pas des résistants. Alors que les tueurs en appellent à la vengeance - bien plus qu’à la haine raciste ou à la nécessité d’obéir aux ordres - pour que s’exerce une « légitime justice », les refusants se révèlent imperméables à cet argument. Dès lors, une nouvelle question se pose : pourquoi, dans des contextes de crise extrême, certains sont-ils accessibles à la problématique de la vengeance et d’autres non ?
Grâce à une longue enquête, Philippe Breton apporte une contribution inédite aux débats sur les mécanismes de la violence, insistant sur l’importance que revêt encore aujourd’hui le principe de vengeance dans l’éducation et la culture de la plupart des sociétés humaines.
(Source : http://www.editionsladecouverte.fr)

Le blog de l’auteur, Philippe Breton
(Il emploie ici le terme de « renonçant » : Les renonçant ou comment peut-on résister à la propagande ?)

Aigues-Mortes :
• Un article très complet sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aigues-Mortes
• Le dossier de présentation d’Aigues-Mortes par l’Office du tourisme téléchargeable ici : http://www.ot-aiguesmortes.fr/DPRESSE_FRANCAIS 2010.pdf

Le sel :
• Le site Sciences tribune propose des articles scientifiques pour le non spécialite. Un [dossier d’articles relatifs au sel, ses usages, son histoire, sa mythologie est consultable
ici. En rapport étroit avec notre sujet via la couleur rose des salines en automne, des flamants et des algues on lira avec plaisir de Claude Gudin : Sous la 5ème République, flamants et français voient la vie en rose.

Histoire du sel du littoral méditerranéen de la France :

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Sel, Boudet

issu du même site, cet article de Gérard Boudet est reproduit ci-contre. (Autorisation demandée à la rédaction le 8 février 2011, sans réponse à ce jour.)

Le sel en Camargue : document téléchargeable du Parc naturel régional de Camargue :
www.parc-camargue.fr/Francais/upload/le_sel_en_camargue.pdf

La Camargue
• Camargue Gardoise :
http://www.nemausus.com/gard/tourisme/Gard_les-communes_du_departement/AIGUES-MORTES_gard.htm

• Centre ornithologique du Gard : _ http://www.cogard.org/

• Parc naturel régional de Camargue :
http://www.parc-camargue.fr/

• Musée de la Camargue :
http://www.parc-camargue.fr
Situé au cœur de la Camargue, le musée est aménagé dans l’ancienne bergerie du mas du Pont de Rousty. Il retrace l’évolution des activités humaines dans le delta du Rhône dans un cadre convivial ( tables de pique-nique, sentier de découverte).

Les « coup de folie collective »
• Jean Teulé, Mangez-le si vous voulez, Pocket 14231, 2010.
En 1870, à la suite d’un malentendu, un jeune Périgourdin est massacré par les habitants d’un village qui le connaissaient tous.

• Émile Zola, Germinal.

Notes

[1F.Benoît, Les abbayes du sel, Revue Delta, 1961.

[2G. Noiriel, p. 21 et 24 +

[3G. Noiriel, p. 26

[4Corriere Nazionale, cité par E.Barnabà*, p. 84.

[5GN, p. 44

[6GN, 45, 46.

[7GN, 62

[8GN, 59-60, 63, 238

[9G. Noiriel*, note 2, page 9. Le nombre des victimes demeure sujet à caution.

[11Sur la base d’une production annuelle de 80 000 tonnes, manutentionnées 3 fois par 1200 hommes en 4 semaines soit 24 jours ouvrables.

[12Le Petit Méridional du 23 août 1893. Cité par G. Noiriel* p. 47

[13P. Milza* p. 24

[14Émergence de la notion de chômage : http://irice.univ-paris1.fr/spip.php?article376

[15GN, 40

[16Fondé en 1874, le CAF est venu au patriotisme ambiant en quelques années. Cf. Jean-Paul Zuanon, Quand montagne rimait avec patriotisme, […], Babel n° 20

[17Extrait du blog de René Merle.

[18"Ce mot désigne la joie collective enivrante qui peut accompagner certaines manifestations taurines, lorsqu’elles sont réussies". Cf lexique de la Fédération Française de courses Camarguaises

[19G. N. p. 55

[20Pour G. N., pp. 114-115, il s’agirait d’un défi.

[21G. N., p. 115

[22On était de plus entre les deux tours d’une élection législative : les considérations électoralistes ne furent sans doute pas étrangères à la lenteur de la décision.

[23GN, p. 66

[24GN, p. 65

[25GN, p. 66.

[26EB, p. 66

[27EB, pp. 55-68.

[28GN, p. 203.

[29GN, p. 66.

[30GN, p. 202 ; EB, pp. 65, 66, 71.

[31Boris Cyrulnik Mourir de dire, La honte, 2010, p. 191

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