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La Marie-Madeleine de la Sainte Baume - suite
Images du corps de sainte Marie-Madeleine
Petite iconographie de La Madeleine et de ses chapelles

 
L’iconographie de sainte Marie-Madeleine est considérable. Cette galerie n’en comporte qu’une faible partie. Mais elle pourra s’enrichir des contributions des lecteurs.

Les trois premiers tableaux de cette galerie constituent une suite de l’article "La Marie-Madeleine de la Sainte Baume". Les suivants viendront des lecteurs.

1 La Madeleine en cheveux

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MM. Auron

MM. Auron Peinture murale de 1451, église saint Érige, Auron, Alpes Maritimes. En dépit de la date tardive elle se rattache par son style à l’art roman méditerranéen des XIe et XIIe siècles, dont la longévité caractérise l’art religieux des Alpes du sud-est, surtout dans les zones rurales. Source : La prédication de Marie-Madeleine* p. 81


Le thème de La Madeleine en cheveux s’inspire d’une séquence légendaire (non retenue par Jacques de Voragine) qui fit florès.
Nous avons laissé Marie-Madeleine assez virile et camouflée en moine, on s’en souvient. Après de longues années d’usage intensif dans la caverne, la bure montra la trame puis tomba en lambeaux, laissant la sainte nue comme l’enfant à naître. Alors sa chevelure épaissit et s’allongea pour la couvrir jusqu’aux pieds « en sorte qu’aucune partie de son corps ne pouvait être vue ». À Auron, la niche dans laquelle l’image est placée symbolise la Baume Sainte ; les anges de part et d’autre du sujet et l’épisode de la prédication à Marseille historié au-dessus de la niche, confirment que c’est la Marie-Madeleine de la Sainte Baume et non celle des évangiles, qui est ici représentée.

Cette chevelure hors norme, développée dans la caverne, indique l’aspect surhumain du personnage.
Le fourreau de cheveux remplaçant la bure du premier christianisme, manifeste ce qu’il voile, à savoir le sexe de la sainte. Exit l’être androgyne, l’apôtre « hommasse ». Voici maintenant une femme bâtie comme toutes les femmes. Une sœur pour celles qui la sollicitent, apte à comprendre leurs difficultés parce que femme et à y remédier parce que surfemme. Souvenez-vous de Miette et de l’épouse du chef de la province de Marseille.

Le symbolisme suggère un pas supplémentaire : changer d’habit = changer de peau = muer. Non pas une mue superficielle comme celle du serpent, mais une mutation touchant l’être dans son entier. Cette Marie-Madeleine d’Auron assume son double atavisme, céleste et terrien. Les anges sont des agents divins s’apprêtant à ravir la grande mystique. Le corps, nu sous la chevelure, est celui d’une femme-mère-potentielle, engendrée durant la grossesse tellurienne. Lui aussi est élevé aux cieux, comme celui de La Vierge Marie. Mais lui, il en revient. Il redescend sur notre terre commune, toujours à l’écoute des implorantes, alors que le corps marial nous a été définitivement ôté par l’Assomption.

2) Le ravissement de Marie-Madeleine

Le ravissement de Marie-MadeleineLe ravissement de Marie-Madeleine,
Prémontrés de Dielegem, près de Bruxelles, vers 1518
.


Cette femme gonflée d’une naïve vénusté associée à un abbé revêtu des insignes de sa dignité, offusque le premier regard. Rappelons-nous que la Renaissance autorisait l’érotisme lorsque des motifs théologiques le justifiaient. S’agirait-il ici d’une allégorie de la « chair sauvée », c’est à dire de l’annonce de la mort de La Mort, la bonne nouvelle du christianisme ? [1]
Quoi qu’il en soit, et pour rester dans le cadre de notre propos, on observera que le corps de la sainte n’est plus camouflé ni voilé mais au contraire exalté. Il fait écho au bas du tableau, consacré au paysage de la Sainte Baume.

La falaise, le sanctuaire, la chapelle du saint Pilon sur la crête (on reconnaît la vue aperçue depuis l’oratoire de Miette) et le Chemin des rois jalonné d’oratoires, tout y est exactement représenté. On peut y voir, comme précédemment, une signature du lieu. Cependant, la ligne d’horizon placée haut – à mi-hauteur ou peu s’en faut - invite une autre interprétation. La ligne d’horizon fait frontière entre deux mondes, le terrien en bas, le céleste en haut. Marie-Madeleine conjugue l’un à l’autre, le Ciel où la transportent les anges et la Terre d’où elle vient et d’où le petit personnage resté au sol la suit des yeux, la main en visière.

Retournant à la Marie-Madeleine d’Auron, on constatera qu’elle aussi a les pieds sur la terre fleurie et le haut du corps aux cieux. Un bandeau vert clôt le domaine céleste ; son épaisseur souligne le franchissement de frontière opéré par Marie-Madeleine. Elle est placée ici, plus solidement que dans le retable des Prémontrés, en position de transfrontalière, de médiatrice.

Le thème du franchissement des frontières, paraît donc solidement établi depuis Auron (référé aux XIe — XIIe siècle) à Prémontrés (du XVIe). De la frontière à franchir on passera aux obstacles et aux difficultés de l’existence à surmonter. Dans ces cas de figure, courants dans la vie de tout un chacun, Marie-Madeleine est devenue une facilitatrice reconnue.

3) L’apothéose de Marie-Madeleine

L'apothéose de Marie-Madeleine

Philippe de Champaigne, Le ravissement de sainte Marie-Madeleine, 1656. Décor pour les appartements neufs de la Reine au monastère royal du Val de Grâce. Musée des Beaux-Arts, Marseille.


Le Ravissement (aussi dénommé L’apothéose) de Marie-Madeleine est un décor de grande dimension (3,40 m x 2,05 m.) commandité par la reine Anne d’Autriche en remerciement de la naissance du dauphin.

Il peut se lire comme une double illusion.
Illusion visuelle d’abord. Placé au plafond, il est conçu pour être vu d’en dessous. Néanmoins le spectateur voit le dessus du groupe ascendant. En sorte que la terre, présente dans les précédents tableaux, est rejetée hors-cadre. Du coup, le retour prochain sur terre n’est plus dans le sujet. (D’ailleurs, peut-on revenir d’une apothéose sans chuter ?)

Autre illusion, le sujet annoncé est une métaphore du sujet traité, l’histoire de l’œuvre le laisse deviner. Anne d’Autriche et Louis XIII, sont tous deux âgés de quatorze ans à leur mariage en 1615. Leur union demeurera stérile pendant 22 ans malgré l’attention constante que la cour et les Jésuites portent à l’activité conjugale du couple. Enfin, en 1638, la reine donne à la France un Dauphin qui deviendra le Roi Soleil. Il sera aussi le plus célèbre des « enfants de La Madeleine » car sa mère avait fait venir des reliques de la sainte pour obtenir sa naissance [2]. En 1660 elle effectuera un pèlerinage d’action de grâce à la Sainte Baume, accompagnée du jeune roi et de Mazarin. [3]
Un bonheur n’arrivant jamais seul, la Reine est délivrée de son persécuteur, Richelieu — à qui elle doit une longue période de disgrâce — et de la tutelle de son mari par leur décès rapproché durant l’année 1643. Le petit roi n’a que cinq ans ; la Reine s’empare alors de la régence et règnera, en droit, jusqu’à la majorité de son fils (1651) et en fait, au-delà.
Longtemps interdite de séjour au Val de Grâce, la Reine y revient à l’apogée de son succès, pour l’embellir et l’agrandir. C’est alors qu’elle commande à Philippe de Champaigne, « peintre ordinaire du roi » un décor « pour servir au plafond [de l’appartement royal au Val de Grâce] où sera représentée sainte Marye Magdelaine eslevée au Ciel par plusieurs anges,… »

À mon sens, la commanditaire fait coup double. Elle offre un monumental Anne d'Autriche ex-voto à la sainte et du même coup elle met en scène sa propre apothéose. L’histoire de l’œuvre va dans ce sens et, en outre, il me semble reconnaître chez Marie-Madeleine le nez fort, la petite bouche lippue et une expression du visage d’Anne…

Faisant corps commun, la sainte et la reine exaltent la génitalité féminine. Dans ce but elles se complètent parfaitement. La sainte est inféconde, on l’a dit. Mais son passé de courtisane en fait une séductrice rompue aux intrigues amoureuses. La reine au contraire, infante d’Espagne prude et guindée, est mal armée pour la séduction. Mais elle est hyperféconde. Il suffit que son mari se rapproche d’elle, semble-t-il par hasard, un orage (ou un charme de La Madeleine [4]  ?) lui interdisant de regagner son palais et d’y oublier sa femme une nuit encore, et hop ! Un petit roi.

La commanditaire et le peintre de ce décor étant tous deux fort pieux, on ne peut les soupçonner d’intention manipulatrice. Sa composition, indique que, jusque dans les milieux aristocratiques, la conception de la base chrétienne (Marie-Madeleine protectrice des enfantements) a pris le pas sur celle de l’Église, embarrassée par le corps féminin et sa physiologie.


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Comment contribuer ?

Envoyer séparément l’image et le texte à la rédaction du site.
Seront bienvenues les photos de portrait ou statues de la sainte et aussi des chapelles qui lui sont dédiées. Elles sont nombreuses dans le sud-est, à proximité des cols ou des gués, plus généralement des passages dangereux, ou encore au départ des itinéraires conduisant hors des zones habitées (réputées "chrétiennes"), les alpages par exemple.
Des contributions différentes peuvent être proposées par le canal du bouton "Réagir à cet article" à la fin du texte. Sont particulièrement attendues les relations de pèlerinages populaires des années 1940-1950.


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Une Marie-Madeleine de Léonard de Vinci
Tête d’une étude pour Madeleine, Florence, Galleria degli Uffizi, Gabinetto dei Disegni e delle Stampe.

Envoi de J. R. Tarnaud.



[1] Petite révision du catéchisme : "1016 Par la mort l’âme est séparée du corps, mais dans la résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé en le réunissant à notre âme. De même que le Christ est ressuscité et vit pour toujours, tous nous ressusciterons au dernier jour."
Luc Ferry expose le contexte philosophico-théologique dans Qu’est-ce qu’une vie réussie ? p. 353 & +

[2] … aux dires du Frère Philippe Devoucoux, longtemps gardien de La Baume et historien des pèlerinages à La Madeleine, cités par Vivre en Provence, n°11, nov.1995.

[3] Ils se rendront aussi au sanctuaire voisin de Cotignac où N. D. de Grâces avait également intercédé pour cette naissance. Toute la chrétienté française, redoutant une guerre de succession, priait pour que la Reine donne un dauphin. L’ensemble des saints et des saintes compétents que comptait le royaume était mobilisé. Claude Duneton (Cf note suivante) ne cite ni Marie-Madeleine ni N. D. de Grâces. Il leur préfère saint Norbert, particulièrement indiqué pour traiter le mal dont souffrait la Reine du fait de l’érection perpétuelle qui l’affectait.

[4] L’orage menaçait depuis longtemps mais le roi, pris sous le charme de son amie de cœur entrée en religion, s’était attardé… Cet épisode est fort bien décrit par Claude Duneton dans son Petit Louis, dit XIV.

Voir en ligne: La Marie-Madeleine de la Sainte Baume .
 
 
Publié le lundi 10 novembre 2008
Mis à jour le lundi 29 décembre 2008

 
 
 
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