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La Marie-Madeleine de la Sainte Baume - suite

La galerie de La Madeleine

Petite iconographie de sainte Marie-Madeleine et de ses chapelles

L’iconographie de sainte Marie-Madeleine est considérable. Cette galerie n’en comporte qu’une faible partie. Mais elle pourra s’enrichir des contributions des lecteurs.

Les tableaux de cette galerie constituent une suite de l’article "La Marie-Madeleine de la Sainte Baume". Les lecteurs sont invités à la compléter.


Marie-Madeleine d'Écouis
_ Anonyme, Église d’Écouis, (Eure), 1313,
photo : département de l’Eure – CDP/ Th. Leroy

Source : Musée de Normandie


La Madeleine de la Sainte Baume
a perdu la bure sous laquelle elle camouflait son corps de femme, à ce que dit la légende.
Comme une vieille peau, la bure est tombée en poussière
durant la grossesse chtoniène.
La Madeleine de la Sainte Baume habite maintenant une chevelure hors-norme.
Elle s’est muée en femme-femme,
en super femme-femme.

_


Sainte Marie-Madeleine d'Augsbourg
Gregor ERHART - Augsbourg, 1540
Tilleul, polychromie originale.

Musée du Louvre /P. Philibert



À la Renaissance, le contexte religieux et culturel aidant, la chevelure se réduit et le corps dévoilé de La Magnifique pénètre les églises.

Cette Madeleine grandeur nature provient probablement de l’église des dominicains d’Augsbourg (Sainte Marie-Madeleine est la patronne des Dominicains), où elle était présentée suspendue au plafond dans un cerceau métallique, ravie au ciel par les anges, comme celle illustrant le tout début de l’article La Marie-Madeleine de la Sainte Baume

Extrait du commentaire du site :
« La présence charnelle de cette statue grandeur nature devait s’imposer fortement dans l’église. Mais l’image sensuelle et quasi profane qu’elle offre aujourd’hui, dépourvue de ses anges sculptés, doit être nuancée. La pose alanguie et l’expression recueillie veulent traduire l’extase mystique de la pénitente ; sa merveilleuse beauté et l’éclat de ses cheveux dorés, veulent évoquer le rayonnement de sa sainteté. La conception de ce nu féminin s’accorde ainsi au contenu spirituel de l’image religieuse, idéalisée selon la tradition médiévale. Gregor Erhart livre ici son chef-d’oeuvre, magistrale création de l’humanisme nordique du Moyen Age finissant, au seuil de la Renaissance. »

3) L’apothéose de Marie-Madeleine

L'apothéose de Marie-Madeleine

Philippe de Champaigne, Le ravissement de sainte Marie-Madeleine, 1656. Décor pour les appartements neufs de la Reine au monastère royal du Val de Grâce. Musée des Beaux-Arts, Marseille.


Le Ravissement (aussi dénommé L’apothéose) de Marie-Madeleine est un décor de grande dimension (3,40 m x 2,05 m.) commandité par la reine Anne d’Autriche en remerciement de la naissance du dauphin, le futur Louis XIV.

Il peut se lire comme une double illusion.
Illusion visuelle d’abord. Placé au plafond, il est conçu pour être vu d’en dessous. Néanmoins le spectateur voit le dessus du groupe ascendant. En sorte que la terre, présente dans les précédents tableaux, est rejetée hors-cadre. Du coup, le retour prochain sur terre n’est plus dans le sujet. (D’ailleurs, peut-on revenir d’une apothéose sans chuter ?)

Autre illusion, le sujet annoncé est une métaphore du sujet traité, l’histoire de l’œuvre le laisse deviner.
Anne d’Autriche et Louis XIII, sont tous deux âgés de quatorze ans à leur mariage en 1615. Leur union demeurera stérile pendant 22 ans malgré l’attention constante que la cour et les Jésuites portent à l’activité conjugale du couple. Enfin, en 1638, la reine donne à la France un Dauphin qui deviendra le Roi Soleil. Il sera aussi le plus célèbre des « enfants de La Madeleine » car sa mère avait fait venir des reliques de la sainte pour obtenir sa naissance [1]. En 1660 elle effectuera un pèlerinage d’action de grâce à la Sainte Baume, accompagnée du jeune roi et de Mazarin. [2]
Un bonheur n’arrivant jamais seul, la Reine est délivrée de son persécuteur, Richelieu — à qui elle doit une longue période de disgrâce — et de la tutelle de son mari par leur décès rapproché durant l’année 1643. Le petit roi n’a que cinq ans ; la Reine s’empare alors de la régence et règnera, en droit, jusqu’à la majorité de son fils (1651) et en fait, au-delà.
Longtemps interdite de séjour au Val de Grâce, la Reine y revient à l’apogée de son succès, pour l’embellir et l’agrandir. C’est alors qu’elle commande à Philippe de Champaigne, « peintre ordinaire du roi » un décor « pour servir au plafond [de l’appartement royal au Val de Grâce] où sera représentée sainte Marye Magdelaine eslevée au Ciel par plusieurs anges,… »

À mon sens, la commanditaire fait coup double. Elle offre un monumental Anne d'Autriche ex-voto à la sainte et du même coup elle met en scène sa propre apothéose. L’histoire de l’œuvre va dans ce sens et, en outre, il me semble reconnaître chez Marie-Madeleine le nez fort, la petite bouche lippue et une expression du visage d’Anne…

Faisant corps commun, la sainte et la reine exaltent la génitalité féminine. Dans ce but elles se complètent parfaitement. La sainte est inféconde, on l’a dit. Mais son passé de courtisane en fait une séductrice rompue aux intrigues amoureuses. La reine au contraire, infante d’Espagne prude et guindée, est mal armée pour la séduction. Mais elle est hyperféconde. Il suffit que son mari se rapproche d’elle, semble-t-il par hasard, un orage (ou un charme de La Madeleine [3]
 ?) lui interdisant de regagner son palais et d’y oublier sa femme une nuit encore, et hop ! Un petit roi.

La commanditaire et le peintre de ce décor étant tous deux fort pieux, on ne peut les soupçonner d’intention manipulatrice. Sa composition, indique que, jusque dans les milieux aristocratiques, la conception de la base chrétienne (Marie-Madeleine protectrice des enfantements) a pris le pas sur celle de l’Église, embarrassée par le corps féminin et sa physiologie.

4) La prédication de Marie Madeleine aux Marseillais

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La prédication de Marie Madeleine
Musée du Vieux-Marseille. Attribuée à un collaborateur d’Antoine de Ronzen vers 1517.

L’image que voici illustre un épisode de la vie légendaire de Marie Madeleine, évoqué sommairement dans l’article rattaché au chapitre « Les corps sauvés », mais revu sous un jour nouveau : il n’est plus question ici de La Magdeleine paganisée de La Saint Baume, mais de la sainte Marie Madeleine « officielle », première convertie, apôtre des apôtres et figure de l’Église catholique.

La prédication de Marie Madeleine est une huile sur panneau de bois de 70 cm de large pour 83, 5 cm de haut. Ces dimensions et le bois du support indiquent qu’il s’agit probablement d’un élément d’un
retable c’est-à-dire d’un décor placé derrière la table de l’autel. Malheureusement, les autres parties sont perdues, de même que la commande et le devis (le « prix-fait »). En sorte que nous ne savons rien du commanditaire et de l’église destinataire.
Qu’il s’agisse d’un retable indique cependant l’essentiel, à savoir que l’image, exposée à demeure dans une église pour l’édification des fidèles, avait vocation d’image publique. Elle supporte par conséquent un message lui-même public, éventuellement développé par les clercs.
Quel message ? À défaut de réponse attestée nous tenterons une reconstitution à partir des éléments de l’image.

Ce tableau est le plus ancien « portrait de ville » de Marseille. La cité occupe près de la moitié de la surface, avec un luxe de détails qui permet de reconnaître sûrement le Vieux port, la tour du roi René, l’église saint Laurent, la vieille Major, le quartier du Panier et le Quai du port. Au dessus, les collines verdoyantes sont aujourd’hui urbanisées mais, à l’emplacement de l’actuelle Place des moulins, on distingue les grandes ailes blanches qui captaient l’énergie éolienne.

La scène se situe sur la rive opposée, celle qui supporte saint Victor. Ce monastère fut bâti sur un énorme empilement de tombes datant des premiers siècles du christianisme. La récente mise en scène des fouilles met sous les yeux du visiteur cette nécropole paléochrétienne et livre du même coup la clé du cadrage de La prédication : en prêchant à proximité de saint Victor, Marie Madeleine aurait initié la vocation sacrée de ce lieu, plusieurs siècles avant que les corps des premiers martyres y soient déposés, entraînant l’afflux des tombes chrétiennes et la formation de la nécropole.
Placée en vis-à-vis de la sainte et l’entourant de toute part, la cité phocéenne est associée visuellement à l’action évangélisatrice de la prédicatrice, alors que l’assistance ne semble présente que par nécessité, un prêche ne se concevant pas sans auditeurs.

Cette assemblée richement vêtue ne comporte que des gens de qualité, la plèbe en est absente. Représentation fidèle au récit de la Légende dorée selon laquelle Marie Madeleine et ses saints compagnons, ne trouvant personne pour les héberger, s’abritèrent d’abord sous un porche, souffrant la faim et le froid, jusqu’à ce qu’un « prince du pays », ébranlé par les admonestations de Marie Madeleine, se résolve à leur offrir le toit et le couvert. (Le texte intégral se trouve dans un fichier joint à la bibliographie de l’article lié).
Ce serait donc la cour princière qui occupe le premier cercle des assistants, le second rang, moins hiératique, étant composé de bourgeois. Le couple princier, vêtu de sombre et légèrement prééminent, est bien identifiable à la couronne qu’il porte sur sa coiffe ; de plus l’homme tient un sceptre dans sa main gauche.

De qui s’agit-il ? Plusieurs réponses sont plausibles mais on pense d’abord au « bon roi René » décédé une quarantaine d’années avant la réalisation du tableau. À ses côtés, Jeanne de Laval, son épouse sage et avisée souvent confondue avec la Lady Diana des Provençaux, la reine Jeanne décédée depuis plus d’un siècle.
René d’Anjou n’avait plus de royal que le titre hérité de ses ancêtres, le royaume de Naples étant perdu depuis 1386. Il fut comte de Provence pendant près de cinquante ans, de 1434 à 1480 mais les Provençaux tenaient à sa majesté royale autant que lui-même et ils y sont toujours attachés. Ce prince su se faire aimer par ses mœurs paisibles, son attachement à la Provence et la renommée fameuse dont il la dotât en corroborant la thèse d’une arrivée précoce de plusieurs saints compagnons du Christ sur ses terres.

C’est lui en effet qui, en 1448, fit procéder à des fouilles en Camargue, sous la nef de l’église Notre-Dame-de-la-Mer, en raison d’une tradition arlésienne affirmant que des corps saints y étaient ensevelis. Ce que confirma l’examen des ossements mis au jour. Ils furent attribués à sainte Marie Salomé, sainte Marie Jacobée et leur servante Marcelle. [4]
Le roi René achevait ainsi l’œuvre de son ancêtre Charles II d’Anjou qui, 170 ans plus tôt (en 1279), avait découvert à Saint Maximin des reliques attribuées à Marie Madeleine elle-même. La famille d’Anjou — très pieuse et comptant plusieurs saints — fut l’initiatrice de la « tradition des saints de Provence » toujours vivace chez les autochtones, croyants et non-croyants. Parce qu’elle est au cœur de l’identité provençale cette « tradition » joue un rôle capital dans l’interprétation du tableau qui nous occupe.

Face à la ville, la prédicatrice perchée sur une sorte de perron, domine l’assistance de la tête et des épaules. Ses mains nous disent qu’elle prêche en comptant sur ses doigts les arguments développés. Ce qui pourrait, schématiquement, donner quelque chose comme :
« Jésus a vaincu la mort parce qu’il est le fils de Dieu. Vous devez croire en sa résurrection, laquelle annonce le royaume de Dieu
. en premier lieu parce que j’en suis témoin ;
. en second lieu parce que d’autres, qui sont maintenant parmi vous, en sont également témoins : Lazare, Marthe, Maximin ;
. en troisième lieu parce que Dieu nous a conduits jusqu’à vous, dans une barque sans rame ni gouvernail, pour que vous soyez les premiers à recevoir son appel de ce côté-ci de la mer. »

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« Marie-Madeleine se rendant à Marseille »
Paul Delaroche (1797-1856)
Beauvais, Musée départemental de l’Oise.

L’auteur de la Légende dorée affirme que les Marseillais furent sensibles à la beauté de Marie Madeleine, sa puissance oratoire et son éloquence. Commentaire étonnant pour qui se souvient de l’interdiction de prêche constamment opposée aux femmes par l’Église catholique. Entrer dans ce débat nous entraînerait trop loin, (les lecteurs intéressés consulteront l’article Les premiers cycles d’images consacrés à Marie Madeleine de Colette Deremble, pp. 198 et suivantes
 [5]). La clé de lecture du tableau pourrait se situer hors du théologique, dans le champ profane et politique.

La prédication de Marie Madeleine aux Marseillais : une opération de story-telling ?

En 1486, soit une trentaine d’années avant la réalisation du tableau, la Provence fut rattachée au royaume de France à la suite du décès du roi René. La royauté s’engageait à conserver les us et coutumes locaux et le roi ajoutait à ses titres celui de « comte de Provence » en mémoire du comté disparu. Malgré ces bonnes manières, s’en était fait de la principauté provençale : adieu titres royaux, adieu autonomie, particularismes culturels et occitanie politique ; la Provence s’anomisait, se dissolvait dans l’ensemble national. Seule une revendication identitaire résistait à la débâcle avec nos saints provençaux en première ligne.
Pour Marseille la situation se présentait sous un angle particulier. Depuis sa création par les Grecs, au septième siècle avant l’ère chrétienne, cette ville a toujours été une île — dixit Izzo — et elle a toujours eu un comportement ou, pour le moins, un désir d’autonomie inspiré par les cités-républiques italiennes, la voisine génoise en particulier. Elle avait obtenu des comtes de Provence de confortables « libertés » qu’il s’agirait maintenant de préserver, face à un interlocuteur autrement intransigeant que feu le roi René.
Dans ces circonstances périlleuses La prédication de Marie Madeleine comporte un message codé. Il est signé de la cité marseillaise. Voyez : par la surface qu’elle occupe la ville n’est pas le décors mais le sujet ; et si les détails paysagers sont si précis, c’est pour interdire la méprise.
Marseille s’adresse donc aux princes francimants de l’État et de l’Église. Elle rappelle qu’elle a apporté l’art de la pierre, la douceur du vin et la plus haute sagesse au royaume alors que ses habitants, vêtus de peaux de bêtes vivaient encore dans des cabanes. Elle rappelle que, plus tard, ses murs ont résonné aux accents du premier discours chrétien tenu sur le sol national. Et elle termine par une invite à célébrer Marseille — la Provence, accessoirement — terre d’élection choisie par Dieu pour éduquer la France dans la voie chrétienne.

N’est-ce pas une histoire belle et émouvante, de nature à impressionner favorablement le roi et son administration ? Le fait est que la ville conserva ses libertés jusqu’à la Révolution.
La commande et le prix-fait relatifs au tableau, si on les découvre un jour, nous dirons quel crédit accorder à ces spéculations.

C. B., janvier 2011

Source : La prédication de Marie Madeleine, Musées de Marseille, 2006.



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Comment contribuer ?

Envoyer séparément l’image et le texte à la rédaction du site.
Seront bienvenues les photos de portrait ou statues de la sainte et aussi des chapelles qui lui sont dédiées. Elles sont nombreuses dans le sud-est, à proximité des cols ou des gués, plus généralement des passages dangereux, ou encore au départ des itinéraires conduisant hors des zones habitées (réputées "chrétiennes"), les alpages par exemple.
Des contributions différentes peuvent être proposées par le canal du bouton "Réagir à cet article" à la fin du texte. Sont particulièrement attendues les relations de pèlerinages populaires des années 1940-1950.


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Une Marie-Madeleine de Léonard de Vinci
Tête d’une étude pour Madeleine, Florence, Galleria degli Uffizi, Gabinetto dei Disegni e delle Stampe.

Envoi de J. R. Tarnaud.


Notes

[1… aux dires du Frère Philippe Devoucoux, longtemps gardien de La Baume et historien des pèlerinages à La Madeleine, cités par Vivre en Provence, n°11, nov.1995.

[2Ils se rendront aussi au sanctuaire voisin de Cotignac où N. D. de Grâces avait également intercédé pour cette naissance. Toute la chrétienté française, redoutant une guerre de succession, priait pour que la Reine donne un dauphin. L’ensemble des saints et des saintes compétents que comptait le royaume était mobilisé. Claude Duneton (Cf note suivante) ne cite ni Marie-Madeleine ni N. D. de Grâces. Il leur préfère saint Norbert, particulièrement indiqué pour traiter le mal dont souffrait la Reine du fait de l’érection perpétuelle qui l’affectait.

[3L’orage menaçait depuis longtemps mais le roi, pris sous le charme de son amie de cœur entrée en religion, s’était attardé… Cet épisode est fort bien décrit par Claude Duneton dans son Petit Louis, dit XIV.

[4Note : Vers la fin du siècle et par des voies adjacentes pleines d’incertitudes, sainte Sara se joignit au groupe à l’instigation des premiers Roms installés en Camargue : ils en firent leur sainte patronne parce qu’elle était sombre de peau et que son nom évoquait la Saravasti indienne, leur pays d’origine.

[5Les imagiers de Chartres confient à Maximin la prédication aux Marseillais. Voir Deremble Colette. Les premiers cycles d’images consacrés à Marie Madeleine. In : Mélanges de l’École française de Rome. Moyen-Âge, Temps modernes T. 104, N° 1. 1992. pp. 187-208.
Article en ligne sur le site Persée : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_1123-9883_1992_num_104_1_3224

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