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La conservation naturelle des corps

Congélation, dessication, adipocire.

Cet article est un élément de la balade "Le corps de Rossolina".

La décomposition d’un corps mis en terre est un phénomène qui ne semble souffrir aucune exception. Aussi, les histoires de corps conservant leur fraîcheur apparente, nous paraissent-elles relever de la pure imagination si ce n’est du canular.
Et bien, esprits cartésiens, il vous faudra revoir cette certitude car on connaît de nombreux cas de conservation naturelle des corps, c’est-à-dire en l’absence de toute précaution ou préparation.

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Découverte du corps d’Otzï

Les cas de momification spontanée due à un environnement extrême sont les plus connus. On se souvient d’Ötzi, ce chasseur préhistorique vieux de 5000 ans et parfaitement conservé par le glacier de Similaun jusqu’en 1991.

Ginger est un autre corps célèbre, conservé au British Muséum. Aussi vieux qu’Ötzi, il a été enterré, sans précaution particulière, dans le sable d’un désert où il a subi une dessiccation naturelle.


Un dossier en ligne conscré à OtzÏ..


Dans des conditions climatiques tempérées, telles que celles que nous connaissons, les cas de conservation spontanée des corps sont également nombreux, mais le processus chimique est plus complexe. L’empereur Napoléon 1er et le pape Jean XXIII constituent deux cas célèbres.

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Dépouille de Napoléon 20 ans après son décés.
source : http://www.empereurperdu.com/stephany.html#guillard]).

Le corps de Napoléon, décèdé en 1821 à Saint Hélène, fut placé dans un quadruple cercueil (bois, plomb, acajou, fer-blanc).
En 1840, pour transférer la dépouille aux Invalides, on procède à l’exhumation. Le chirurgien-major de la Belle Poule en charge de l’opération note d’abord « qu’aucune odeur méphitique » ne s’exhale de la fosse. Il ouvre laborieusement les quatre boîtes puis replie le linceul qui recouvre le corps.

Alors, écrit-il, j’ai découvert le corps de Napoléon que j’ai reconnu aussitôt tant il était bien conservé, tant la tête avait de vérité dans son expression.

(La totalité du procès-verbal du médecin-major est en ligne ici).

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Plus récemment, en 2001, on ouvre le triple cercueil (travertin, plomb et cyprès) de Jean XXIII à l’occasion de sa béatification. Initiateur du concile de Vatican II qui provoqua un aggiornamento inattendu de l’église catholique, ce pape est alors mort depuis 37 ans.

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Jean XXIII

Le cardinal Noè préside la cérémonie et dresse le procès-verbal : « Le visage est intact, les yeux et la bouche rappellent immédiatement la physionomie du vénérable pontife ». Alors que l’exhumation de Napoléon ne fut observée que par quelques témoins, la dépouille du pape fut exposée sur la place saint Pierre où des milliers de personnes purent l’approcher.

Sous la retenue des mots utilisés dans les deux procès-verbaux, on devine que le sang des auteurs se glaça. Ces corps vivants au-delà de la mort sont innommables, ils sèment l’effroi même dans des têtes froides. De fait, les orthodoxes y voient une malédiction, ces corps échappant au destin humain fixé dans la Génèse : « … Oui tu es poussière et à cette poussière tu retourneras ». Les Latins au contraire, y voient un signe d’élection. Au Moyen-âge le corps « incorrompu » conférait la sainteté sans autre forme de procès, comme ce fut le cas pour Roseline.

Les scientifiques pour leur part, on décrit le phénomène depuis le XVIIIe siècle sous l’intitulé « adipocire ».

L’adipocire
L’étymologie indique qu’il s’agit d’une « cire » formée à partir des graisses (« adipo ») du corps. Dans l’univers de la médecine légale on parle de « graisse de cadavre ». Le phénomène requiert des conditions spécifiques : un milieu anaérobie (privé d’oxygène) et humide. L’adipocire se forme plus facilement sur des corps relativement charnus (femmes et jeunes enfants) et directement mis en terre, comme ce fut le cas pour Roseline. Elle préserve l’apparence du corps vivant et la souplesse des articulations. Elle peut perdurer très longtemps si les conditions environnementales nécessaires sont maintenues et si le corps demeure hors d’atteinte des animaux, des insectes et des bactéries. De plus il est exempt d’odeur putride. Au contraire, il produit une petite odeur surie sans doute à l’origine de « l’odeur de sainteté » si souvent mentionnée dans les textes médiévaux.

De tout cela il ressort que la conservation spontanée du corps de Roseline observée lors des premières translations (5 ans puis 15 ans puis 30 ans après sa mort) ont une explication raisonnable. Inutile donc de rechercher une quelconque supercherie… Ni de crier au miracle. Les questions que l’on est en droit de se poser se placent sur un autre terrain, celui de la critique historique.

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