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Sainte Baume

La bataille de la glace

Les glacières de la Sainte Baume

Il est des endroits à la sainte Baume où les hommes ont laissé les traces d’un dur labeur. Je ne parle pas des champs que l’on voit au pied des falaises, c’est trop facile ! Non, je veux parler du travail de la glace. Cette glace qui alimentait Toulon et Marseille au siècle dernier.

La glace, les glacières, on en trouve encore sur le versant nord du massif.

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Glacière de Fontfrège

La montée vers la glacière de Gémenos, traverse le parc de saint Pons qui cache une magnifique abbaye cistercienne du XIII ème siècle. Après, c’est plus raide, ça monte, les tunnels de verdure alternent avec les parties de sentiers découverts. En été, ces portions sont très chaudes, comme pour nous dire : "attention la nature mène la danse".
Ca monte, ça monte, c’est chaud l’été et c’est frais l’hiver.
Bartagne nous domine de toute son ampleur et au fond du vallon on se sent... petit. Petit "d’homme" qui se souvient que ses aînés montaient là pour la bataille de la glace.
La glacière est un endroit enchanteur, « un oasis de verdure » diront d’autres auteurs. Un épais tapis d’herbe invite au pique-nique et à la sieste. Une source coule encore et donne une note de fraîcheur, à la bonne saison.
Et la glacière me direz-vous ? La glacière, elle est tapie derrière un pan de verdure. Elle a perdu un peu de sa prestance avec son toit effondré. Les bassins de gel comblés ne sont plus visibles. Le souvenir de la bataille de la glace est pour un autre endroit.

Cet autre endroit se trouve du côté de Mazaugues à l’autre bout du massif, versant nord.
Allez-y en plein hiver, même par beau temps, et vous aussi vous commencerez la bataille de la glace. Il fait froid du côté des glacières de Fonfrège en plein hiver.

Imaginez au début du siècle, des gens qui attendent l’hiver pour gagner un peu d’argent. Après la belle saison les récoltes sont rentrées. Ils guettent le temps, le mauvais temps, celui qui apportera le froid et le travail.
Imaginez, maintenant une bâtisse ronde d’une vingtaine de mètres de diamètre, des murs épais d’un mètre de terre et de pierres, émergeant du sol de deux mètres environ pour une trentaine de mètres de profondeur, c’est une glacière. Et à Fonfrège il y en a une vingtaine.
Imaginez des hommes, les pieds dans la boue, en train de récurer les bassins de gel profond d’une quarantaine de centimètres.
Imaginez ces mêmes hommes nettoyant les sources pour qu’elles coulent d’abondance.
Imaginez toujours ces hommes guettant le froid, le Mistral et le gel. Les énergies se tendent, la bataille peut commencer.

Imaginez, Octobre, Novembre, le gel est là, l’eau se fige dans les bassins, la bataille de la glace commence.
Imaginez maintenant une armée d’hommes de tous âges attaquant, à coups de haches et à l’aide de burins, la glace formée dans les bassins de gel. Ils extirpent la glace, comme de longs cadavres, avec de puissants crochets. D’autres hommes les entassent enveloppés de paille ou de toile de jute sur de lourds chariots.
Imaginez une bataille, l’eau coule, la glace se reforme dans les bassins. Il faut la découper, l’extraire, la descendre dans le puit de la glacière, ces longs corps fragiles enveloppés de leur linceul de jute. Il faut les entreposer, au fond, avec précaution. Au fond c’est l’enfer glacé. Le froid, le travail, il faut faire vite car la saison froide est courte.
Imaginez, le froid, des hommes vêtus de vêtements de drap avec des gants de peau pour toute protection.
Imaginez, imaginez et on ne peut imaginer ce qu’a dû être la vie et le labeur de ces gens. Après il fallait livrer la glace à la belle saison en descendant les lourds chariots de nuit sur des chemins. Je ne vous le raconte pas, ou alors c’est une autre histoire.

Allez voir les glacières à différentes saisons en pensant à ces gens et vous ne regarderez plus la glace avec le même œil.

Bernard Dejean

Sources :

- Le musée de la glace à Mazaugues. Tél. 04 94 86 39 24
Horaires : du 1er juin au 30 septembre, tous les jours sauf lundis de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h ; d’octobre à mai, tous les dimanches de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h.

- Deux publications de l’ASER centre Var :
a) L’artisanat de la glace en méditerranée occidentale par Ada Acovitsioti-Hameau. Supplément n°1 au Cahier de l’ASER - 2001 (ré-éd.) - 120 pages - 15 €.
On y traite notamment des glacières de la Sainte-Baume à travers leur architecture, leurs aspects commerciaux et historiques, mais aussi de celles de Catalogne ou d’Italie à titre de comparaison, montrant ainsi le caractère universel de ce produit. Depuis la fin de la Renaissance jusqu’à nos jours, cette activité a connu de nombreux bouleversements politiques, technologiques et climatiques. Nombreuses photographies et illustrations.
b) Génies givrés par ’Ada Acovitsioti-Hameau, Maxime Duminil et Cedric Rey.
Supplément n°9 au Cahier de l’ASER - 2003 - 106 pages - 12 €.
En complément du supplément n°1 « l’Artisanat de la Glace », Génies Givrés présente à travers trois chapitres et de nombreuses illustrations d’autres aspects de la glace. Découvrir la glace et son musée - Propriétés et particularités de la glace naturelle - Les inventeurs du froid artificiel.

- ASER - Maison de l’Archéologie - 21, rue République - 83143 Le Val . - Tel : 04.94.86.39.24 - Fax : 04.94.86.48.12 - e-mail : asercentrevar@fr.st
http://asercentrevar.free.fr/sommaire.htm

Suggestion :

La bastide blanche, roman de Jean-Michel Thibaux, Pocket, coll.terroirs.
La vie dangereuse et les amours de Justin, "glacier" de la sainte Baume à la fin du 19° siècle.

Voir en ligne : Musée de la glace à Mazaugues

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