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J’ai voulu parcourir Mulholland Drive


Le déclic s’est produit une fois sorti de la salle de cinéma. Bien sûr, il fallait prendre le film à rebours. Le vrai début des événements n’apparaît qu’à la fin du film, lors de ce repas terrible et bien réel quand l’héroïne se voit abandonnée par son amie, moquée et rejetée par la communauté des stars et du cinéma. À l’envers aussi dans le rapport du rêve à la réalité : la jeune actrice qui vient conquérir L. A. et qui fait un « malheur » dès sa première audition, la tante richissime, la rencontre chaste et merveilleuse à la fois de son amie, l’entretien à demi délirant avec les deux frères jumeaux producteurs, tout cela est du rêve, un rêve merveilleux dans une nuit terrible, qui suit ce terrible repas. Mais la vie qui n’est que rêvée, tout au long du film, est traversée par les fulgurances de l’angoisse. Le spectre de l’homme noir, c’est le spectre de la déchéance. Il faut avoir parcouru les plages de Venice pour en comprendre la portée. Le climat de L. A. attire les sans-abri et les marque d’un feu solaire : bronzage et barbe, silhouettes noires et hirsutes d’hommes blancs ou noirs indifféremment, accompagnés parfois d’un chien, d’une bicyclette, encombrés d’objets hétéroclites, souvent couchés ou assis, sur la plage ou au coin d’une rue.

J’ai voulu parcourir Mulholland Drive, mythe moderne dans une ville mythique, moderne et terrible. Contrastes étonnants qui sont ceux de l’Amérique : la « ville - plaine » à la porte du désert et des montagnes ; les villas de luxe à côté de pistes empoussiérées. Mulholland Drive fait probablement plus de 50 km de long comme nombre de boulevards de Los Angeles. Il va de l’autoroute 101 au Nord de L. A. à la côte pacifique du côté de Malibu et de ses magnifiques canyons, en croisant l’autoroute 405, et en suivant la crête des Collines de Santa Monica. On ne peut pratiquement pas le prendre de part en part car un long passage n’est pas goudronné. J’ai dû m’y reprendre à deux fois : en partant de la sortie d’autoroute et en passant derrière West Hollywood pour redescendre sur L. A. à mi-parcours (c’est le parcours Est) ; puis le lendemain, en partant de Malibu - Canyon (me souvient-t-il) et en remontant ce site sauvage où succèdent aux ravins ocre et arides à la mexicaine, de vertes prairies alpines.

Venice est une commune autonome enclavée au cœur du district de Los Angeles, un peu comme si c’était elle, et sa voisine Marina del Rey, qui étaient vraiment au centre de la ville. De Venice à Santa Monica, un peu plus au Nord, une plage large de 2 à 300 m, longue d’une dizaine de km et qui se prolonge bien au delà en direction de Santa Barbara. Je ne parlerai pas du Board Walk, cette promenade aménagée où grouillent camelots et passants, offrant un large échantillon de familles américaines et de touristes de passage. Mais la promenade sur la plage, au matin, vaut le détour. Des groupes d’oiseaux, petits échassiers qui s’égaillent et se regroupent au gré des vagues pour capturer les coquillages ou les crabes qu’elles laissent en se retirant, pélicans qui se donnent en spectacle par leur vol et leurs plongeons soudains. Les surfers s’escriment sur les vagues trop petites de cette plage du Pacifique. Un jour de chance on peut voir, à leurs côtés, des bandes de dauphins qui patrouillent le long de la plage à quelques mètres à peine du rivage.

Et puis Pacific Avenue qui longe la mer. Avec ses maisons d’architecture contemporaine en béton apparent : grandes maisons de bois, antisismiques, recouvertes d’un enduit ciment accroché à du grillage cloué sur du contreplaqué. Il faut voir leurs maçons qui seraient chez nous des charpentiers, le marteau accroché à la ceinture comme le revolver du cow-boy. Tout cela présente beaucoup de charme, de lumière, de gaîté. Au total, une journée de villégiature à Venice doit comprendre également la promenade calme le long des canaux, enjambés de passerelles et bordés de pavillons fleuris, qui ont donné son nom à la ville. Une impression pour finir : les grosses voitures des quartiers populaires (van et pick-up), garées devant de tout petits pavillons au point quelquefois de les masquer entièrement. La mobilité avant le confort.En pouvant bouger on peut tout faire.
Le rêve américain est un rêve en marche. Malheur à celui ou celle qui n’avance plus, car c’est alors le spectre de l’homme noir, qui vient à lui ou à elle.

Bernard Hillau

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