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Cahiers de l’ANTP

Chapelle saint Gabriel

Art roman provençal du XII ème siècle

Ce dimanche 14 septembre, après la visite du site de l’abbaye de Montmajour et du village de Fontvieille, une surprise nous attend en fin d’après-midi...

Au milieu des oliviers et des cyprès que le vent fait encore trembler, la Chapelle Saint Gabriel se laisse découvrir. Tarascon, Arles, Saint Rémy de Provence sont toutes proches : l’antique voie Domitia n’est pas loin, mais de nos jours, c’est par la D33, route qui va de Fontvielle à Saint Etienne du Grès qu’on accède à ce beau vestige de l’art roman provençal du XII ème siècle...

Quelques marches sont à gravir sous le regard de l’ange Gabriel qu’on devine sans difficulté au centre de la façade, sous l’oculus mais l’ensemble de la façade éclairée par la lumière du soir reste encore énigmatique ….
Saint Gabriel ? mais n’est-ce pas plutôt l’homme ailé, emblème de l’évangéliste Mathieu ? Ceci s’accorderait avec les trois autres sculptures représentant les trois autres évangélistes :

l’aigle pour Jean, le lion pour Marc et le taureau pour Luc, motifs qu’on trouve sur d’autres bas-reliefs d’églises romanes. Par exemple dans la basilique Saint Sernin de Toulouse (XII ème siècle également), un bas-relief sculpté représente un Christ en gloire entouré de ces quatre symboles

Les motifs des bas-reliefs du tympan se laissent déchiffrer à partir de cette représentation médiévale du Mal que constitue la nudité d’Eve dans son expulsion du Paradis : n’est-ce pas en effet Adam et Eve qu’on voit à droite au-dessus de la porte, l’un et l’autre entourant l’arbre de la connaissance et le serpent, masquant leur sexe de la main gauche et portant la main droite à hauteur de la poitrine.
Plus sûrement voici, dans cette partie du tympan, à moitié dans l’ombre portée du soir, l’ange associé au motif sculpté à gauche qui représente Daniel entouré des lions. Daniel, symbole de la résistance juive, jeté dans la fosse par le roi Darius et sauvé du pouvoir des lions, à qui l’ange Gabriel, mentionné pour la première fois dans la bible, donne l’explication de sa vision :
Je parlais encore, proférant ma prière, confessant mes péchés et les péchés de mon peuple Israël, et répandant ma supplication devant Yahvé... je parlais encore en prière, quand Gabriel, l’être que j’avais vu en vision au début, fondit sur moi en plein vol, à l’heure de l’oblation du soir. Il vint, me parla et dit : »Daniel, me voici : je suis sorti pour venir t’instruire dans l’intelligence. (Daniel,8 et suiv.)

A cette heure de l’oblation du soir, est-ce le bruissement des ailes de l’ange qu’on entend ? Non, nous ne sommes plus au temps du prophète Daniel et du roi Nabuchodonosor mais c’est Babylone qui s’annonce et l’origine probablement sumérienne de Gabriel. On aurait en effet retrouvé à Ur en Mésopotamie, un échanson ailé gravé dans la pierre, dont le nom Gabr ou Gibor est extrait de la racine gbr… On voit par là qu’il y a plus de 5000ans, au-delà des récits bibliques ou coraniques, l’ange assurait déjà une présence dont les religions du livre ont hérité : l’annonce faite à Marie certes mais aussi l’écriture du Coran insufflée à Mahomet.

Retour à la chapelle, après ce détour par la plus haute Antiquité, et au motif sculpté dans la partie supérieure de la coupole.

Annonciation

On reconnaît l’Annonciation avec l’annonce faite à Marie par l’ange Gabriel, à gauche et au centre et sous la petite coupole de droite, on reconnaît la Visitation. C’est l’inscription latine placée au-dessus qui nous renseigne sur la présence d’Elisabeth :

AVE MARIA GRAPLENA
ANGELUSGABRIEBL. MARIAMATTERDNI. ELISABETB

Marie et Elisabeth sont drapées dans un long vêtement. Leurs visages sont entourés d’un voile et manifestent un étonnement encore visible sur la pierre tandis que Marie fait un geste d’acceptation de la main et que l’ange auréolé déploie largement ses ailes. Quatre colombes sculptées sur les coupoles ainsi que des motifs floraux sur les chapiteaux qui les soutiennent achèvent la décoration de cette partie de la façade. On peut trouver dans la sérénité de l’ensemble de ce bas-relief l’opposé du Mal représenté à l’étage inférieur par Eve : représentation médiévale assez fréquente dans l’art roman qui livre ainsi son message compréhensible par tous sur la lutte entre le Bien et le Mal, entre la faute commise par Eve entraînant la chute et l’annonce du salut de l’humanité par la maternité de Marie.

En écho, l’étonnement ravi devant une telle décoration de façade sans doute assez rare pour le XIIème siècle, et surtout une telle conservation …
Il ne manque que les traces de couleurs qui, sans doute, devaient recouvrir les sculptures.

Texte et Photos : Marie-France Nicaise-Bonnet

Plan de situation

Source IGN :
Source IGN : www.geoportail.fr

Bibliographie

- Promenades en Provence romane, Guy Barruol et Jean-Maurice Rouquette, Zodiaque, 2002. (Saint Gabriel p. 49)

- Un site richement illustré, consacré au patrimoine religieux et architectural de France, à travers les différentes époques et courants, du roman au gothique : romanes.com

- D’autres photos de la chapelleici

P.-S.

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